L’assaut d’envergure de la semaine dernière qui a débouché sur la prise du port est la troisième attaque menée contre Mocimboa da Praia pour la seule année 2020. © ADRIEN BARBIER / AFP

 

La menace terroriste au Mozambique est au cœur des préoccupations de la SADC. Pour autant, l’organisation a repoussé toute idée d’une intervention militaire.

Par Le Point Afrique

Depuis près de trois ans maintenant, les pays de l’Afrique australe surveillent avec une attention accrue les signaux du terrorisme islamique dans la région. Alors qu’un sommet virtuel des chefs d’État des pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) s’est tenu ce lundi 17 août, c’est la déception du côté des analystes, qui s’attendaient à l’annonce d’une intervention militaire sur le terrain.

Malgré les risques d’extension du conflit à d’autres pays de la région, les dirigeants de la sous-région se sont pour l’heure refusés à y intervenir militairement, comme ils l’avaient pourtant fait en 2017 dans le voisin royaume du Lesotho. Tout juste ont-ils exprimé la « solidarité de la SADC et l’engagement de cette dernière à soutenir le Mozambique dans son combat contre le terrorisme et les attentats violents ».« C’est très décevant », a commenté une analyste de l’Institut sud-africain pour les études sur la sécurité (ISS), Liesl Louw-Vaudran. « Ils auraient pu nommer des émissaires (…), une mission d’étude, parler de la crise humanitaire, mais il n’y a rien de la sorte, a-t-elle ajouté à l’AFP. Il en ressort l’impression que le Mozambique doit encore se débrouiller seul. »

L’appel pour un sursaut

Pour la troisième fois cette année, des djihadistes du groupe des insurgés d’Ahlu Sunna wal Jamaa, plus communément appelés Al-Chabab (les jeunes), affiliés au groupe État islamique (EI), ont attaqué la petite ville de Mocimboa da Praia, s’emparant mercredi de son port stratégique pour l’immense projet de gaz naturel liquéfié (GNL) de la région, l’un des plus gros investissements en Afrique, auquel participe notamment le groupe français Total. Cet événement est-il en train d’ouvrir les yeux des dirigeants de la SADC ?

La province de Cabo Delgado, la plus septentrionale du pays, limitrophe de la Tanzanie, est la cible depuis octobre 2017 d’attaques djihadistes qui ont fait plus de 1 500 morts et de 250 000 déplacés. Le gouvernement mozambicain n’a fini par reconnaître la présence de ces djihadistes sur son sol qu’en avril 2020.

En mai, la division chargée de la sécurité de la SADC a promis d’aider le Mozambique à s’attaquer à la rébellion djihadiste, l’un des plus grands défis que l’Afrique australe ait eu à relever ces dernières années. « Il est vraiment temps pour la SADC d’intervenir », estime l’activiste Adriano Nuvunga, directeur du Centre pour la démocratie et le développement du Mozambique, basé à Maputo.

Mercenaires russes et sud-africains

Jusqu’à présent, le Mozambique a fait appel à des sociétés de sécurité privées pour tenter de reprendre le contrôle de ses régions du nord, dont la russe Wagner et la sud-africaine Dyck Advisory Group, selon plusieurs spécialistes des questions de sécurité. Mais « l’action militaire du gouvernement, y compris le recours à des mercenaires, n’a pas mis un terme aux attaques », note l’ISS.

Jeudi, lors d’une réunion préparatoire au sommet régional, la ministre mozambicaine des Affaires étrangères, Veronica Macamo, a affirmé que, « si le terrorisme et l’extrémisme violent n’étaient pas contenus, ils pouvaient s’étendre » à toute l’Afrique australe.

En 2008, la SADC a créé une brigade prête à intervenir dans des situations de conflit qui a pour la dernière fois été déployée au Lesotho en 2017, à la suite du meurtre du chef de l’armée de ce petit royaume. Si elle était envoyée au Mozambique, il s’agirait de la première confrontation de cette brigade avec des djihadistes. « Il ne semble pas que la SADC aille pour l’instant au-delà des déclarations d’affichage », a déclaré à l’AFP l’analyste Jasmine Opperman, doutant de la capacité militaire et financière de l’organisation régionale à envoyer des forces dans la province de Cabo Delgado.

Une puissance régionale comme l’Afrique du Sud, qui pourrait envoyer des troupes chez son voisin mozambicain, est bien trop occupée actuellement à utiliser son armée pour faire respecter les mesures destinées à lutter contre la pandémie de coronavirus. Elle participe en outre à hauteur d’un millier de soldats à la mission de l’ONU dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Et, même si des forces régionales étaient déployées au Mozambique, ce ne serait « qu’un cautère sur une jambe de bois » si, en parallèle, on ne s’attaque pas « à court ou moyen terme » au sous-développement et aux frustrations des populations qui alimentent les groupes djihadistes, selon Mme Opperman.

Or chaque attaque sur Mocimboa da Praia est un obstacle au développement du projet de GNL, qui, selon les experts, pourrait transformer ce pays pauvre en une sorte de Qatar africain et l’un des premiers exportateurs mondiaux de gaz naturel. Le port est essentiel au ravitaillement du projet, situé à environ 60 km plus au nord, sur la péninsule d’Afungi.