Sept pandémies de choléra se sont produites depuis le début du XIXe siècle, faisant des millions de victimes. © MOHAMMED HUWAIS / AFP

Alors que l’épidémie gagne du terrain et ressurgit à certains endroits, que faut-il comprendre de son histoire et de son fonctionnement ? Éléments de réponse.

Qu’est-ce que le choléra aujourd’hui ?

Le choléra est une infection intestinale aiguë qui se transmet par voie digestive, par ingestion d’eau, de boissons ou d’aliments souillés par des déjections, par des mains sales ou du matériel contaminé par le bacille Vibrio cholerae. Hautement contagieuse, cette maladie peut tuer en quelques heures. Elle est pourtant « relativement facile à traiter, si elle est prise à temps, par sels de réhydratation orale », rappelle l’OMS.

À quoi ressemble la bactérie qui transmet le choléra ?

L’agent du choléra, le Vibrio cholerae, est une minuscule bactérie en forme de virgule découverte par Robert Koch, un célèbre médecin allemand. Bien qu’étant l’une des bactéries les plus analysées, elle évolue très rapidement et, ces dernières années, elle s’est révélée capable d’acquérir une virulence plus importante, soit une meilleure résistance aux antibiotiques.

Qui est John Snow, l’épidémiologiste qui découvrit la cause de l’épidémie ?

Dès les premières flambées de choléra en Europe, les scientifiques ont tenté de comprendre ses origines et son mode de transmission. Cependant, les premières découvertes permettant de lutter contre la maladie ne se font qu’à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

John Snow, brillant médecin, père de l’épidémiologie moderne, a découvert la cause de l’épidémie de choléra qui frappait Londres en 1854 en se servant de cartes localisant les cas de la maladie et les pompes à eau. Il remarque alors que le nombre de décès augmente progressivement à l’approche d’une pompe à eau publique !

Quelle est l’histoire de cette bactérie ?

Une équipe internationale de chercheurs a reconstitué l’histoire des grandes épidémies mondiales de choléra depuis 60 ans, ouvrant la voie à une stratégie plus efficace de lutte contre la maladie qui fait encore près de cent mille morts par an.

Sept pandémies de choléra se sont produites depuis le début du XIXe siècle, faisant des millions de victimes. La France a été touchée par le « choléra asiatique » en 1832 lors de la seconde pandémie coûtant la vie à 19 000 personnes en six mois.

La bactérie responsable de la plupart des épidémies de choléra depuis 1961 proviendrait d’Asie. D’ailleurs, la plupart des souches résistantes aux antibiotiques proviennent de ce continent.

Actuellement, le monde connaît la septième pandémie de choléra qui a commencé en 1961 et a affecté les continents africain et américain. Les chercheurs ont constaté que l’agent infectieux a été introduit à au moins onze reprises en Afrique en 44 ans, toujours à partir de l’Asie, et que l’homme est le principal disséminateur de la maladie sur le continent africain. En effet, la septième pandémie de choléra s’est déclarée en Afrique en 1970, faisant de ce continent le plus touché par la maladie.

Du coup, y a-t-il plus de risque en Afrique ?

La réponse n’est pas simple. « Ces résultats montrent que le choléra n’a pas été introduit en Afrique uniquement en 1970 avant de s’y établir à long terme, mais y est régulièrement introduit et qu’à partir des deux zones privilégiées d’introduction en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est, les épidémies se propagent suivant des routes préférentielles vers des zones de persistance comme le bassin du lac Tchad ou la région des Grands Lacs. Ces découvertes nous renseignent sur les régions d’Afrique les plus sensibles à l’introduction du choléra, qui devront être ciblées plus spécifiquement de façon à enrayer les vagues de choléra avant qu’elles ne balaient le reste du continent », explique le Dr François-Xavier Weill, chef de l’unité des bactéries pathogènes entériques à l’Institut Pasteur, l’un des principaux auteurs de l’une des études.

La seconde étude s’est concentrée sur l’Amérique latine où le choléra épidémique est réapparu en 1991 et où existaient aussi des cas sporadiques avec des formes atténuées de la maladie.

Les chercheurs ont démontré que le risque de pandémie variait selon la souche de la bactérie impliquée. Ainsi, les graves épidémies qui ont touché le Pérou dans les années 1990 et Haïti en 2010 ont été provoquées par une souche d’origine asiatique, alors que les cas sporadiques en Amérique latine étaient le fait de souches autochtones moins virulentes.

Quels sont les symptômes du choléra ?

La plupart des personnes infectées ne manifestent aucun symptôme ou des symptômes bénins, et peuvent être traitées avec succès au moyen de sels de réhydratation orale. Dans les cas sévères, un traitement rapide par perfusion de liquide et d’antibiotiques par voie intraveineuse s’impose.

Après une incubation de deux à cinq jours, la maladie commence brutalement par de violentes diarrhées vidant littéralement l’organisme de son eau. En l’absence de soins immédiats basés d’abord sur une réhydratation, cette déperdition gravissime de liquides (un malade peut perdre 10 % de son poids en quatre heures) est souvent mortelle.

Dans les cas sévères, un traitement rapide par perfusion de liquide et d’antibiotiques par voie intraveineuse s’impose.

« Le choléra reste à l’échelle mondiale une menace pour la santé publique et un indicateur de l’absence d’équité et de l’insuffisance du développement social », souligne l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pourquoi l’eau et l’assainissement sont essentiels pour lutter contre le choléra sur le long terme ?

Des mesures d’hygiène draconiennes et la fourniture d’une eau sûre demeurent les meilleurs moyens de stopper plus ou moins rapidement la progression d’une épidémie. « La transmission du choléra est étroitement liée à un accès inapproprié à l’eau potable et à des installations d’assainissement », souligne l’OMS. Les bidonvilles périurbains ou les camps de réfugiés ou de personnes déplacées, où les besoins minimums en eau potable et en assainissement ne sont pas assurés, sont des « zones à risque typiques ».

Quels sont les facteurs de propagation de l’épidémie ?

La propagation du choléra est favorisée par les mouvements de populations, les défaillances ou l’absence de réseaux sanitaires (eau potable, égouts, latrines), d’hygiène (des mains et au niveau alimentaire) et de soins. De telles conditions surviennent souvent après les catastrophes naturelles, comme le séisme qui a frappé Haïti en 2010, ou bien dans un contexte de guerre, comme c’est le cas actuellement au Yémen. Pour l’Afrique, l’épidémie se déploie dans les zones d’instabilité où se mêlent guerre, mauvaises conditions sanitaires et déplacements de populations.

Quels sont les vaccins disponibles et leur efficacité ?

Les vaccins anticholériques par voie orale sont un moyen complémentaire de lutte, mais ne doivent pas remplacer les mesures classiques.

Leur efficacité est loin d’être absolue et ne dispense pas de respecter les précautions d’hygiène. La bataille contre une épidémie déclarée passe par le dépistage des malades et la mise en place de véritables cordons sanitaires pour tenter de juguler la propagation du vibrion.

Où en est la recherche scientifique ?

Marie-Laure Quilici, scientifique dans l’unité des Bactéries pathogènes entériques de l’Institut Pasteur et responsable du Centre national de référence des Vibrions et du choléra, souligne : « Ces études démontrent la valeur ajoutée du séquençage du génome entier des souches de V. cholerae pour la surveillance, la prévention et le contrôle du choléra ; elles illustrent l’intérêt d’associer données épidémiologiques et données de laboratoire lors des investigations d’épidémies, renforçant ainsi le message récemment délivré par la Global Task Force on Cholera Control de l’Organisation mondiale de la santé à l’attention des praticiens de santé publique, qui recommande d’associer systématiquement ces deux approches pour une meilleure gestion des épidémies. »