Adapté du livre éponyme de Gaël Faye, « Petit Pays » mêle dans un même récit, au-delà du regard du jeune Gabriel, la vie de famille au Burundi et au Rwanda.

Par Marlène Panara | Le Point.fr – © Pathé

La première image du film montre une carte du Burundi, pays à côté duquel se dessine le Rwanda. À mesure que la caméra dézoome, c’est toute l’Afrique qui se présente au spectateur. À cette échelle, le Burundi et son voisin semblent minuscules. Les répliques de leurs histoires croisées se sont pourtant fait ressentir sur tout le continent, et en dehors. Mais c’est au travers du regard d’un enfant que Gaël Faye a choisi en 2016 de la raconter, avec son roman Petit Pays. L’adaptation de cette fiction presque autobiographique, devenue best-seller, sort ce mercredi 18 mars au cinéma.

Le réalisateur Éric Barbier, à l’origine de la transposition à l’écran de La Promesse de l’aube de Romain Gary, suit ici le quotidien de Gabriel, Ana, leur père Michel, un entrepreneur français, et de leur mère Yvonne, Rwandaise réfugiée au Burundi, dans le Bujumbura du début des années 1990. Les vols de mangues du jeune collégien et sa bande, ses longues heures passées sur les bancs de l’école sermonné par la maîtresse grecque, mais aussi les disputes régulières de ses parents, au bord de la rupture… scène après scène, le réalisateur dépeint tous les éléments qui constituent l’enfance de Gabriel.

Un film témoignage

Peu à peu, dans cette routine tranquille s’immiscent les tensions d’un conflit qui, jusqu’ici, lui échappait. À la suite d’un coup d’État le 21 octobre 1993 contre le président hutu Melchior Ndadaye – premier chef d’État élu démocratiquement depuis l’indépendance du pays en 1962 –, la guerre civile éclate au Burundi. Hutus et Tutsis se déchirent. Des opérations villes mortes se succèdent à Bujumbura, où désormais les détonations des armes lourdes et le vacarme des hélicoptères couvrent les bruits habituels de la ville. Malgré tout, le père de Gabriel tente de garder à flots tout ce qui faisait son quotidien. La bière du dîner, le jus d’orange matinal des enfants et les crêpes de Protée, le cuisinier de la maison, sont encore là.

Mais la violence de la guerre civile et du génocide au Rwanda voisin vont vite les rattraper. Si, dans le roman de Gaël Faye, la barbarie de la guerre est mise à distance, voire atténuée par l’œil d’enfant de Gabriel, elle est, dans le film d’Éric Barbier, frontale. En effet, l’image, par nature, délivre un message de manière bien plus brutale. Les scènes d’affrontements, mais aussi celles qui témoignent de la folie d’Yvonne – l’actrice Isabelle Kabano est époustouflante –, sont délivrées telles quelles au spectateur. Les admirateurs du livre pourront donc regretter le prisme du narrateur utilisé dans le livre.

Mais le film Petit Pays rend parfaitement compte en revanche de ce qui fait la force de l’œuvre originelle : son histoire. Car même si le génocide rwandais a été abondamment traité, les histoires familiales, l’intimité de leur existence restent encore peu documentées. À travers Petit Pays, Gaël Faye et Éric Barbier racontent les récits de centaines de milliers de familles, du Rwanda et du Burundi. Et leur rendent un bel hommage.