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À l’agenda de la tournée est-africaine du président Macron, le One Planet Summit, coprésidé avec son homologue kenyan, Uhuru Kenyatta, a notamment pour objectif d’accélérer la transition énergétique.

Par Agnès Faivre | Le Point Afrique

Lancé en décembre 2017 à Paris par le président Macron, le One Planet Summit en est  à sa troisième édition en ce mois de mars 2019 au Kenya où l’Afrique est en première ligne.

Après Paris et New York, Nairobi ! La capitale kenyane accueille, ce jeudi 14 mars, la 3e édition du One Planet Summit, un événement initié en décembre 2017 par la France, avec l’ONU et la Banque mondiale, afin de mobiliser des financements « verts » et de favoriser les « solutions concrètes » en matière de climat, de protection des océans et de la biodiversité. Place de choix, la mégalopole africaine non seulement abrite le siège du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) – le sommet One Planet s’insère dans sa 4e assemblée pour l’environnement –, mais elle est aussi l’épicentre des start-up qui révolutionnent le quotidien de millions d’Africains. Pendant africain de la Silicon Valley californienne, Nairobi est d’ailleurs surnommée la « Silicon Savannah » ! Pour un sommet désireux de promouvoir « l’innovation » et les « solutions africaines », le foisonnement d’initiatives locales combinant développement économique et transition écologique a de quoi inspirer.

Cap sur les énergies renouvelables

« On observe au Kenya toute une gamme de services facilités par les nouvelles technologies pour développer des formes d’énergies renouvelables. Les applications du solaire y sont très diversifiées, et la mise en œuvre, spectaculaire », s’enthousiasme-t-on au ministère de Transition écologique et solidaire. Les énergies renouvelables en Afrique – où la demande d’électricité est boostée par la hausse démographique – constituent avec la résilience des écosystèmes africains les deux grands axes de la « session de haut niveau » de ce troisième sommet One Planet. Il réunira le matin des dirigeants politiques et économiques (dont « une cinquantaine de ministres africains de l’Environnement », selon l’Élysée), tandis que l’après-midi du 14 mars sera consacré à la présentation de ces fameuses « actions concrètes » engagées par des entrepreneurs, des ONG ou des acteurs de la société civile à travers l’Afrique. L’Élysée insiste sur « la nécessité de mobiliser tous les acteurs ».

Dans le domaine du solaire, la révolution ne se limite pas au Kenya sur le continent. Le photovoltaïque, en particulier, connaît un essor phénoménal, porté par la baisse des coûts. « Ses caractéristiques de souplesse, de modularité́ et d’évolutivité́ » permettent de sortir du système de fourniture d’électricité centralisé, et d’alimenter « des populations rurales non desservies et urbaines mal desservies », selon Youba Sokona, conseiller spécial sur le développement durable au Centre Sud à Genève. « Le spectre de production d’électricité s’étend ainsi des lanternes solaires aux grands réseaux électriques fiables et efficaces, en passant par les systèmes photovoltaïques à usage domestique, des équipements mécaniques autonomes ou des micro et mini-réseaux. » De quoi répondre à des besoins de « quelques watts ou centaines de mégawatts »… avec une source d’énergie inépuisable, et beaucoup moins émettrice en CO2 que les énergies fossiles.

Proposer des formations « photovoltaïques hors réseau » est de fait une des actions que souhaite initier le One Planet Summit, avec en ligne de mire la création d’une académie solaire est-africaine. Pour ce faire, le sommet s’appuie en partie sur l’Alliance solaire internationale (ASI), coalition lancée par la France et l’Inde lors de la COP21 en 2015. Autre annonce attendue : la mise en place d’instruments pour atténuer les risques des investissements dans le solaire (initiative de l’Agence française de développement et de la Banque mondiale dans le cadre de l’ASI). La France dévoilera à Nairobi le montant de ses engagements financiers concernant ces deux volets et entend « faire levier » afin d’inciter les acteurs privés (compagnies, fonds souverains, banques de développement) à investir.

L’ombre de Wangari Maathai planera sur l’édition kényane

Au pays de Wangari Maathai, fondatrice en 1977 du Mouvement de la ceinture verte (plus de 50 millions d’arbres plantés en quarante ans) et première Africaine à avoir reçu un prix Nobel de la paix, en 2004, le président Uhuru Kenyatta souhaite quant à lui « mettre l’accent sur la déforestation », selon l’Élysée. Signe de cette préoccupation, un vaste projet de séquestration du carbone a été annoncé début mars par le Service des forêts du Kenya. Il vise à augmenter le couvert forestier national en réhabilitant les forêts dégradées et en replantant de nouvelles espèces. Prévu pour s’achever en 2025, il concerne 15 comtés sur 47 en tout. Entre 1990 et 2015, en raison de l’abattage illégal (souvent pour vendre du charbon de bois, utilisé comme combustible de cuisson dans nombre de foyers africains) ou de conflits fonciers, le couvert forestier a décliné de 25 % au Kenya, selon le Fonds mondial pour la nature. Les deux pays organisateurs du sommet, la France et le Kenya, devraient lancer, jeudi à Nairobi, un appel pour la protection et la conservation des forêts africaines. Et s’appuyer, là encore, sur des initiatives africaines ayant fait leurs preuves pour attirer les financements.

Limites et enjeux de 3e One Planet Summit

« Le One Planet Summit est un nouveau moyen d’agir à l’échelle internationale en amenant les acteurs du secteur privé à s’impliquer, ce qui revient à ancrer davantage les engagements internationaux dans l’économie réelle. C’est un enjeu de plus en plus sensible. On observe la même tendance dans le cadre de l’action sur la biodiversité », note Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de droit international de l’environnement. Lancé six mois après le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat en juin 2017, le One Planet Summit avait pu capitaliser sur le joli coup diplomatique du président Macron, avec le fameux slogan « Make our planet great again ». Cette initiative se pensait alors en complémentarité des Conférences des parties (COP), très politiques, et en particulier de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) de 2015. Lors des COP, rappelle Sandrine Maljean-Dubois, « des représentants d’États ou de gouvernements discutent de leur vision du futur, se donnent des objectifs communs, par exemple pour limiter la hausse des températures concernant le climat. Mais ils abordent rarement le comment, la façon dont on va opérer la transition énergétique, et où on va chercher les fonds. » Il s’agissait donc pour le sommet One Planet d’accélérer la mise en œuvre de ces engagements, notamment en orientant la finance vers des projets à faibles émissions de carbone. Las, seule la Banque mondiale a annoncé l’arrêt de ses investissements dans les énergies fossiles.

« Pour des sommets qui ont vocation à dynamiser l’action, et notamment l’action du monde de la finance, la médiatisation est très importante », explique Sandrine Maljean-Dubois, qui s’interroge sur l’écho médiatique « beaucoup plus discret » de la deuxième édition du sommet One Planet à New York. L’édition africaine marquera-t-elle davantage les esprits ? Le suivi des actions menées, et les résultats obtenus, apparaît là aussi impérieux pour saisir la réelle portée de cet événement et l’identifier parmi « les initiatives internationales ou régionales qui ne cessent de proliférer », selon les termes de la chercheuse. En attendant, les promesses de la COP21 pour contenir le réchauffement des températures en deçà de 2 degrés Celsius – voire moins, de 1,5 degré – semblent s’éloigner. Si rien ne bouge, concluait un rapport de l’ONU de novembre 2018, la planète se dirige vers un réchauffement des températures de 3,2 degrés Celsius d’ici à la fin du siècle.