L’agence de notation Standard & Poor’s a maintenu la note de l’Afrique du Sud dans la catégorie spéculative. © DR
 
L’économie sud-africaine paie les pots cassés de la décennie Jacob Zuma au regard de l’appréciation que Standard & Poor’s fait de son économie, malgré les réformes structurelles annoncées par Cyril Ramaphosa.
 
PAR MARLÈNE PANARA

Les fruits de la politique mise en œuvre par Cyril Ramaphosa se font attendre, si l’on en croit la notation des économistes de l’agence Standard & Poor’s. Dans leur dernier rapport, daté du 23 novembre, ceux-ci ont en effet maintenu la note de la nation arc-en-ciel dans la catégorie spéculative. Autrement dit, le risque de non-remboursement de la dette du pays reste important, malgré les réformes structurelles annoncées depuis la prise de pouvoir du successeur de Jacob Zuma.

Conséquence : l’agence de notation américaine a confirmé les notes de la dette souveraine sud-africaine à long terme en devises étrangères et en monnaie locale, respectivement à « BB » et « BB+ ». En cause, « une croissance économique anémique en 2018 et des passifs considérables ». Pour l’agence, l’ère Zuma a laissé des traces : une mauvaise gestion économique du pays déjà pointée du doigt dans une note d’avril 2017.

Les conséquences de la décennie Zuma

Sur le terrain, la Banque centrale sud-africaine a dû relever, le 22 novembre, son taux directeur de 25 points à 6,75 %. Une première depuis mars 2016. La décision a été la conséquence de la hausse de l’inflation, passée de 3,8 % en mars à 5,1 % en octobre, à cause de la faiblesse du taux de change et de la hausse des prix du pétrole, deux processus qui se sont déclarés presque simultanément.

Les « obstacles structurels » mais aussi « le taux de chômage élevé » s’ajoutent au constat, déjà peu optimiste, de Standard & Poor’s. Le chômage a d’ailleurs grimpé à 27 % au troisième semestre 2018, d’après les derniers relevés de l’Office sud-africain de la statistique (StatsSA). Près de 6,2 millions d’habitants sont ainsi en recherche d’emploi. Et si l’on prend en compte ce que l’institut appelle les « actifs découragés », à savoir les chômeurs qui ne cherchent plus à travailler, le chiffre passe même à 37,3 %.

La reprise en 2019 ?

Cela dit, pour gênante que soit cette réalité, elle ne glace pas les économistes de l’agence de notation américaine. Il faut dire que ceux-ci mettent tous leurs espoirs sur la tendance des décisions de Cyril Ramaphosa. « Le nouveau gouvernement poursuit des réformes économiques qui devraient aider à stimuler l’économie à partir de 2019 », peut-on ainsi lire dans la note financière. Entré en fonction en février, Cyril Ramaphosa s’est lancé dans une course à la relance, parallèlement à son combat contre la corruption. Le chef de l’État sud-africain a notamment entrepris d’attirer les investisseurs étrangers. Il a cependant été contrarié par une conjoncture peu propice à la reprise, mais aussi par les nombreux conflits internes à l’ANC, le parti au pouvoir.

Et la croissance du PIB en pâtit. Les prévisions ont d’ailleurs été revues à la baisse par le nouveau ministre des Finances Tito Mboweni, passant de 1,5 % à 0,7 % pour 2018. Un chiffre dû également à la faible performance du secteur agricole cette année, à cause de la sécheresse. Le ministre table pourtant sur une reprise de la croissance à 2 % dès 2019, et ce jusqu’en 2021. Une conviction partagée par Standard & Poor’s, qui attend beaucoup de l’impulsion que pourraient susciter les réformes économiques mises en œuvre en ce moment.

Les estimations pourraient néanmoins être revues à la baisse « si les finances publiques se dégradent », ou à la suite d’un « affaiblissement de l’État de droit et du droit à la propriété ». Une allusion non dissimulée au chemin pris par l’ANC concernant la réforme agraire. Le projet d’expropriation foncière sans compensation fait craindre aux économistes une fuite des investisseurs étrangers. Les parlementaires viennent pourtant, tout juste, de donner leur feu vert à la modification de l’article 25 de la Constitution : celui qui concerne la propriété.