ROMAN. Dans «  La Saison des fleurs de flamme  », son premier roman, le Nigérian Abubakar Adam Ibrahim décrit avec gourmandise l’éveil d’une quinquagénaire aux plaisirs amoureux. Détails de la couverture du roman d’Abubakar Adam Ibrahim « La Saison des fleurs de flamme ». © DR
PAR VALÉRIE MARIN LA MESLÉE
 

« Hajiya Binta Zubaïru naquit à cinquante-cinq ans, le jour où »… Un jeune cambrioleur force sa porte, la neutralise en la tenant tout contre lui, et voilà que leurs corps s’embrasent, chacun retient son élan dans cette situation quasi cocasse, on y croit ou pas, qu’importe, ce premier roman nous a déjà rivés au destin de Binta par sa conviction, son humour, sa fantaisie. 

Le talent de l’auteur du roman La Saison des fleurs de flamme*, Abubakar Adam Ibrahim anime le quotidien de cette famille nigériane du nord musulman du pays, les noms et les silhouettes virevoltent autour de ladite Binta, pilier de la maisonnée depuis la mort de son mari. Pilier qui vacille… Le conteur remonte la jeunesse de cette femme mariée de force, pour donner la mesure de ce qu’elle est en train de vivre aux côtés de Reza, de 30 ans son cadet, dealer de cannabis au service d’un politicien. Leur relation sulfureuse se double d’une projection, pour elle retrouvant chez son amant le fils disparu, pour lui, revoyant en elle la mère qui l’abandonna. Beaucoup plus profond que son ton allègre et son jeu avec les proverbes le laissent paraître, ce roman qui tourne quasiment au thriller, tant les intrigues familiales et villageoises s’y nouent au fur et à mesure, a été couronné au Nigeria. Il radiographie la société avec une belle liberté à dénoncer l’hypocrisie et la corruption. Un scénario en or voit déjà les scènes surgir des pages.