Lundi 28 août à l’initiative du président français s’est tenu « un sommet de crise » qui a réuni les dirigeants de sept pays européens et africains.         

 Il y avait là autour d’Emmanuel Macron les chefs de gouvernement allemand, la chancelière Angela Merkel, l’espagnol Mariano Rajoy, l’italien Paolo Gentiloni, la chef de la diplomatie européenne Frederica Mogherini, Fayez El-Sarraj le Premier ministre lybien ainsi que les présidents tchadien Idriss Deby et nigérien Mahamadou Issoufou. Et une absence remarquée, celle du Mali, pour évoquer un dossier sensible et sans cesse plus d’actualité. Pour mémoire l’immigration en France en 2014 représentait 7,7 millions de personnes soit 11,6 de la population. Le pays se classait ainsi au 7ème rang mondial pour le nombre d’immigrés, derrière les Etats-Unis, la Russie et l’Allemagne. Et selon les chiffres publiés par l’INSEE en 2015 le solde migratoire s’établissait à + 33 000 personnes en 2013 contre 112 000 en 2006. Quant à l’origine géographique de cette immigration les bénéficiaires d’un titre de séjour d’un an et plus proviennent majoritairement d’Afrique, ce qui ne surprendra personne avec plus de 57 % contre 25 % à l’Asie, 10 % l’Amérique et près de 6 % de l’Europe elle-même.

Soutien européen au Niger, au Tchad et à la Libye

Afin de contrôler ces flux migratoires l’Europe a décidé depuis quelques temps déjà de soutenir le Tchad, le Niger et la Libye d’où à en croire le président de la République française « huit cent mille à un million de candidats migrants sont en attente avec l’espoir de franchir la Méditerranée et se réfugier en Europe ». Rappelons que depuis 2014 ce sont quatorze mille personnes qui ont trouvé la mort durant la traversée. L’idée consiste à filtrer, très en amont, dans des pays comme le Tchad et le Niger les bons migrants (réfugiés politiques) et les mauvais (réfugiés économiques et sociaux) à travers des hotspots (points chauds) permettant d’identifier les candidats au départ. On préfère aujourd’hui parler de Centres d’enregistrement des migrants. Cette solution obtient un certain succès et depuis leur mise en place au Niger 80% des flux migratoires à Agadez ont été réduits. Mais un tel contrôle est loin d’être suffisant et doit nécessairement s’accompagner d’un programme d’aide aux pays africains afin que ceux-ci puissent fixer leur population sur leur sol. En juillet dernier la chancelière allemande, Angela Merkel, a même été jusqu’à proposer la création d’un plan Marshall en faveur de l’Afrique mais cette idée a été rejetée par le président français qui estime que l’argent n’est pas la solution au problème et le fait que la France ait réduit l’aide publique au développement de 141 millions d’euros au cours du premier trimestre de cette année n’est pas le meilleur signal envoyé aux pays africains. Comme d’autres Emmanuel Macron considère sans doute que le mal est plus profond et que ce n’est pas seulement à coup de dizaines de millions d’euros qu’on va pouvoir résoudre cette situation.

Des pays confrontés à une crise humanitaire sans précédent

Chacun se garde bien d’ailleurs d’évoquer la racine du mal à savoir la malgouvernance de nombreux pays africains qui fait fuir en masse les africains vers l’Europe. A quand des modèles économiques viables dans ces pays ? A quand aussi la lutte contre les réseaux de passeurs et le trafic d’êtres humains, la surveillance des frontières pour lutter contre l’immigration clandestine ? A quand le retour des migrants dans leur pays ? Ce sont là autant de questions auxquelles il convient de répondre.  En attendant ce moment la France envisage de nommer un ambassadeur chargé des migrations et de l’asile et d’envoyer sur place dans certains pays des officiers de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) qui pourraient permettre un traitement plus rapide des dossiers et du coup de fluidifier les flux. Il y a en effet urgence si l’on songe que depuis le début de l’année plus de cent mille migrants sont arrivés sur les côtes italiennes et que l’Italie fait face à une crise humanitaire sans précédent.

J.-.Y.D