Le méga-projet de gazoduc, officialisé le 3 décembre par le roi Mohammed VI et le président Muhammadu Buhari, a été accompagné par la signature d’un accord de partenariat stratégique entre les fonds souverains des deux pays. © Bayo Omoboriowo

Ce projet colossal estimé à 20 milliards de dollars doit accélérer l’électrification dans toute la région de l’Afrique de l’Ouest en plus de permettre à l’Europe de diversifier ses sources d’énergie.

« C’est acté », « un avenir prometteur » : la visite officielle ce 10 juin au Maroc du président nigérian Muhammadu Buhari accompagné d’une forte délégation marque une étape importante dans le réchauffement des relations entre les deux états. Ce n’est pas la première fois que le chef de l’État du Nigeria vient au Maroc. En novembre 2016, il avait en effet participé aux travaux de la Conférence sur le climat (Cop 22) à Marrakech. Mais les commentaires optimistes de la presse marocaine s’expliquent par le fait que le royaume chérifien et le Nigeria semblent avoir tourné la page des querelles diplomatiques autour de la question du Sahara occiental. Mieux encore : parmi les trois accords signés, celui portant sur le futur gazoduc ouest-africain ambitionne de donner à l’Afrique une nouvelle dimension économique, politique et stratégique et placera le Maroc et le Nigeria comme deux leaders de la Coopération Sud-Sud au niveau du continent africain assurent les deux dirigeants.

Accélérer l’électrification de la région

L’accord de coopération relatif au méga-projet de gazoduc a donc franchi une étape cruciale. Il a été lancé en décembre 2016 lors de la visite du roi Mohammed VI au Nigeria. L’étude de faisabilité avait été lancée en mai 2017. Le projet maroco-nigérian consiste en la construction d’une extension vers le Maroc du gazoduc ouest-africain (GOA) en fonctionnement depuis 2010, qui relie les zones gazières du sud du Nigeria au Bénin, au Togo et au Ghana. La construction doit se faire « en plusieurs phases et répondre aux besoins croissants des pays traversés et de l’Europe au cours des 25 prochaines années », ont souligné dimanche des responsables des deux pays.

Selon cet accord entre la Compagnie pétrolière nationale nigériane (NNPC) et l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) marocain, l’étude de faisabilité a été mené sous la supervision d’un « comité de pilotage » géré par les entreprises publiques. Parmi les actions programmées, il est prévu d’affiner les estimations de coûts d’investissements et d’exploitation, de finaliser l’analyse économique sur la base des volumes et des hypothèses de construction finalisés et d’entamer les discussions avec les banques internationales de développement pour tester leur disposition à financer ce projet, et de préparer les documents préliminaires.

À terme ce gazoduc doit parcourir près de 4 000 kilomètres et traverser une dizaine de pays pour à terme être connecté au marché européen, selon ses promoteurs, qui y voient un modèle de « coopération sud-sud ». Il pourrait bénéficier à 300 millions d’habitants et « changer le visage de cette partie du continent », selon eux.

Convaincre les pays de la Cedeao et trouver des financements

Mais la prochaine étape qui consiste à « impliquer les États traversés et la Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (Cedeao) (…) approcher les clients européens » et entamer des discussions avec des banques internationales de développement pour « tester leur disposition à financer ce projet », selon ses promoteurs sera tout aussi déterminante et rien ne garantit son succès. Dans tous les cas, le Maroc, qui mène depuis quelques années une offensive diplomatique sur le continent se montre confiant. Le royaume a réintégré en janvier 2017 l’Union africaine et renoué avec des pays d’Afrique anglophone dont le Nigeria avec lesquels les relations étaient distantes en raison du soutien du Nigeria au Front Polisario, qui revendique l’indépendance du Sahara occidental, territoire contrôlé et considéré comme sien par le Maroc.

Dans le même temps le Maroc a annoncé sa volonté d’intégrer la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), dont le Nigeria est un pilier et dont le prochain sommet doit avoir lieu en juin au Liberia. Les dirigeants ouest-africains avaient donné début juin 2017 leur accord de principe à la demande du Maroc et cette adhésion devait être finalisée sur le plan juridique en décembre 2017, lors d’un sommet dans la capitale du Nigeria, mais ils ont cependant souhaité un délai supplémentaire pour examiner en détails une étude d’impact.

Même si le volume des échanges reste modeste, l’Afrique de l’Ouest est le premier partenaire commercial du Maroc en Afrique subsaharienne : les exportations du royaume à destination de l’Afrique de l’Ouest ont triplé depuis 2008, passant de 3,2 à 10,2 milliards de dirhams (de 290 à 900 millions d’euros) en 2016, selon un rapport publié cette année par l’Office des changes du Maroc affilié au ministère de l’Économie. Les investissements directs marocains dans cette région ont par ailleurs quasiment quintuplé entre 2011 et 2015, passant de 295 millions à 1,6 milliard de dirhams, selon la même source.

Les deux autres accords signés dimanche portent sur la construction d’une « plateforme industrielle au Nigeria pour la production d’ammoniaque et des produits dérivés », et la « formation professionnelle agricole »