Les prévisions de croissance du Maroc pour 2020 ont été revues à la baisse. Explications : le Covid-19, bien sûr, mais aussi un secteur agricole à la peine.

Par Marlène Panara | Le Point.fr – © Mehdi Fedouache / AFP

En 2020, le Maroc va-t-il s’installer dans une croissance molle ? Les chiffres de son économie, revus à la baisse, le laissent présager. D’après le Haut-Commissariat au Plan (HCP), la croissance attendue est de 2 % cette année, soit beaucoup moins que les 3,5 % prévus. En cause : une forte sécheresse qui impacte durement le secteur de l’agriculture et les répercussions du coronavirus. Cette baisse intervient alors que le royaume chérifien, parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique – 4,4 % de croissance par an en moyenne entre 2000 et 2017 –, a engagé une large réflexion sur son modèle de développement. L’objectif est, à terme, de permettre au Maroc d’intégrer le cercle des pays émergents, dans le sillon des pays parmi les plus avancés.

L’agriculture en détresse

Dans le contexte actuel, cette ambition semble assez loin de portée. Cette année, c’est le secteur de l’agriculture qui paie le plus lourd tribut au ralentissement économique global. Le manque de précipitations, « en déficit de 44 % par rapport à une année normale » selon le ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch, a lourdement impacté les agriculteurs qui représentent 33 % des actifs marocains. « En 2019, nous avions enregistré une chute de la valeur ajoutée agricole de 3 à 4 %. Cette année, elle sera probablement de l’ordre de 5 % », a indiqué à l’AFP le président du HCP, Ahmed Lahlimi. Les 6,4 % de croissance agricole auxquels s’attendait le HCP risquent donc de tomber à plat à 0 %.

Plus concrètement, « ce déficit pluviométrique pourrait entraîner une chute de la production céréalière du pays à 3 ou 4 millions de tonnes », selon Abdellatif Izem, directeur de la fédération des minotiers industriels. Devant la gravité de la situation, et alors même que le secteur agricole a perdu, en 2019, 85 000 emplois pour la même raison, le ministre de l’Agriculture a annoncé mercredi le déblocage d’une enveloppe de 55 millions de dirhams, soit 5 millions d’euros. La somme sera destinée, en majorité, à approvisionner en orge les communes rurales reculées. Mais un programme d’urgence plus vaste semblable à celui de 2016 pourrait voir le jour « en fonction de l’évolution de la situation », a précisé Aziz Akhanouch lors d’une réunion au Parlement.

Faire avec le coronavirus

Si les mauvais chiffres de l’agriculture – un secteur qui compte pour 14 % du PIB – portent un coup sévère à l’économie marocaine, les répercussions de la propagation du Covid-19 pourraient être tout aussi brutales. Avec six cas confirmés et un décès, le Maroc reste pour l’instant largement épargné. Mais la virulence de l’épidémie à l’extérieur de ses frontières le pousse à prendre des mesures. Plusieurs événements sportifs et économiques ont par exemple été annulés, et de nombreuses liaisons aériennes à destination de l’Europe, fermées. Des décisions adaptées à la situation mais qui se répercuteront logiquement sur l’économie nationale.

En effet, l’Union européenne (UE), parmi les plus gros foyers du coronavirus après la Chine, reste le principal partenaire du Maroc. L’organisation représente en effet « plus de 50 % des exportations marocaines […], 69 % des transferts des MRE (Marocains résidant à l’étranger) et 72 % des IDE », explique le site d’informations Medias24. D’après un rapport consulté par le média marocain, et rédigé par les analystes de CFG Bank, « l’UE continuera donc naturellement d’avoir des effets d’entraînement positifs ou négatifs sur notre économie, en fonction de ses propres performances ».

Une note d’espoir tout de même : « Le fait que l’économie soit fortement dépendante de la consommation intérieure, en particulier celle des ménages, est un facteur de résilience face à l’impact mondial de la pandémie », temporisent les analystes de CFG Bank. Il n’empêche, le ralentissement des échanges avec l’Europe impactera également un autre secteur moteur de l’économie du Maroc, celui du tourisme. Car le « vieux continent » est en effet à l’origine de 55 % des 12,93 millions de touristes accueillis dans le royaume en 2019.

Quelle réponse des autorités ?

Pour endiguer ce fléau, le ministère de l’Économie et des Finance a annoncé, ce 11 mars, la mise en place d’un Comité de veille économique pour le suivi des répercussions du Covid-19. Composé de plusieurs ministères (Intérieur, Santé, Industrie et Tourisme), mais aussi d’acteurs économiques (Bank al-Maghrib, Fédération des Chambres marocaines de commerce), il sera chargé, « d’une part, de suivre de près l’évolution de la situation économique à travers des mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation et, d’autre part, d’identifier les mesures appropriées en termes d’accompagnement des secteurs impactés », précise un communiqué du ministère de l’Économie.

Pour absorber les chocs extérieurs côté finance, le pays a également élargi il y a quelques jours la fourchette dans laquelle le dirham s’échange de 2,5 % à 5 %, et ce de part et d’autre d’un prix de référence. Pour connaître le bilan de la mesure, il faudra néanmoins patienter jusqu’au mois de juin, a fait savoir Ahmed Lahlimi. La baisse des prix du pétrole et les mesures introduites pour encourager les petites entreprises pèseront aussi dans la balance.