Une agente de santé formée à Pathfinder et travaillant à Nairobi, au Kenya, à l’aide de son téléphone portable. © Direct Relief / FlickrCC
 
L’espérance de vie augmente de manière significative et de plus en plus vite en Afrique de l’Est. Une situation qui s’explique notamment grâce à des systèmes de santé régionaux performants.
 
PAR MARLÈNE PANARA

Les Africains vivants dans l’est du continent vivent 5,3 ans de plus qu’il y a dix ans. Le chiffre a été annoncé par Andrew Mold, directeur Afrique de l’Est de la commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), qui s’est exprimé en marge de la 22e réunion du Comité intergouvernemental d’experts de la région. « L’espérance de vie est un bon indicateur général du niveau de vie, et le rythme des changements [en Afrique de l’Est] est l’un des plus rapides de l’histoire », a-t-il en effet affirmé.

Cette dernière décennie, la région a, il est vrai, connu une croissance rapide. Entre 2013 et 2017, elle s’établit à 6,7 % en moyenne. Soit le double du chiffre rattaché à tout le continent, sur la même période. En 2019, une croissance à 6,2 % est envisagée, conséquente des investissements à venir, et de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC).

Le système de santé rwandais, un modèle à suivre ?

Alors, comment expliquer une telle augmentation de l’espérance de vie en seulement dix ans ? La réponse se trouve, en partie, dans la prospérité des systèmes de santé de la région. Érigé en modèle africain, le régime rwandais – financé à parts égales par le gouvernement et des donateurs étrangers – couvre aujourd’hui quasiment toute sa population. En effet, même si 45 % des Rwandais vivent encore sous le seuil de pauvreté, 91 % d’entre eux bénéficient d’une assurance maladie publique, appelée Mutuelles de santé. C’est bien plus que dans certains pays développés.

Pour étendre ce système à un maximum de personnes, le pays a formé des milliers d’agents de santé communautaires – 45 000 selon l’ONU – envoyés dans toutes les provinces rwandaises selon une délimitation de districts. Diagnostics du paludisme, prescriptions de traitements, conseils nutritionnels ou encore aide à l’accouchement…, autant de tâches qui leur sont attribuées, et qui participent à la chute de certaines maladies. Le taux de paludisme a par exemple diminué de plus de 50 %, tandis que la mortalité liée à l’infection a été réduite de 70 %. Le tout, en six ans.

Le taux de mortalité infantile a chuté lui aussi de près de 50 %. Des chiffres qui font dire à Tedros Adhanon Ghebreyesus, directeur de l’OMS, que « le Rwanda est l’un des rares pays à avoir atteint les Objectifs du millénaire pour le développement ». En visite dans le pays en janvier 2018, il avait aussi ajouté : « D’après ce que je vois sur le terrain, il ne fait aucun doute que ce pays atteindra les ODD [objectifs de développement durable]. »

Des initiatives privées aussi

Au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, c’est un système issu du secteur privé qui a pris en main le domaine de la santé. En 2013, la société PharmAccess lance le portefeuille de santé mobile mHealth. Utilisable avec un téléphone portable, il permet à ses utilisateurs de payer leurs dépenses de santé. Après une phase test de deux ans au Kenya, le groupe s’associe avec Safaricom, le plus grand opérateur mobile du pays, ainsi qu’avec le célèbre service de transfert d’argent via mobile, M-Pesa. M-Tiba est né.

Le système, qui permet aussi d’économiser de l’argent destiné aux services médicaux dans son téléphone, compte aujourd’hui plus de 100 000 utilisateurs ayant accès à 120 prestataires de soins. Des modèles qui pourraient donc inspirer d’autres pays du continent. Car malgré encore quelques nations dans le bas du classement mondial en matière d’espérance de vie, l’Afrique parvient tout de même à tirer son épingle du jeu. La lutte contre le sida et un plus large accès au traitement contre le paludisme notamment ont eu pour conséquence directe d’allonger la vie de la population du continent. La preuve, un Africain vit aujourd’hui 60 ans en moyenne, soit cinq ans de plus qu’il y a quinze ans.