REPORTAGE. L’Algérie a décidé de fermer toutes ses écoles et universités à partir de jeudi, mais la rue n’est pas paniquée pour autant.

Par Adlène Meddi | Le Point.fr – © RYAD KRAMDI / AFP

Alors que l’Algérie a enregistré son premier décès lié au coronavirus ce jeudi 12 mars, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné la fermeture des écoles des trois cycles d’enseignement, ainsi que des universités et des établissements de la formation professionnelle, à partir de jeudi jusqu’à la fin des vacances de printemps le 5 avril prochain « afin d’éviter la propagation du coronavirus », selon un communiqué de la présidence. « C’est une bonne mesure, mais ne faut-il pas aussi restreindre l’accès aux mosquées, surtout lors de la grande prière du vendredi, comme l’a fait la Grande Mosquée de Paris », a réagi Amin, un médecin algérois. « Le plus important rassemblement de personnes chez nous, c’est bien à la mosquée », appuie-t-il.

Quarantaine nationale

Selon le ministère de la Santé, le pays a enregistré 24 cas, dont les membres d’une seule famille à Blida, dans le sud d’Alger, qui se sont présentés à l’hôpital après leur retour en France. Jeudi, deux patients guéris, qui étaient en isolement à cause du coronavirus, ont quitté l’hôpital, ce qui porte à dix le nombre des personnes guéries, selon les autorités. Le tout premier cas confirmé, un ressortissant italien, a été transféré, en bon état de santé, vers son pays le 28 février dernier.

Le ministère de la Santé se veut rassurant, répétant cette semaine que « la situation reste stable en Algérie », même si plusieurs mesures draconiennes ont été prises ces derniers jours. Au niveau gouvernemental, toutes les réunions et activités à l’étranger ont été annulées. Toutes les activités, rencontres et manifestations culturelles ont également été reportées et les compétitions sportives nationales se dérouleront à huis clos jusqu’au 31 mars ; les manifestations internationales sportives prévues en Algérie ont aussi été reportées. Cette semaine, la compagnie nationale Air Algérie a suspendu ses vols sur Milan et Rome.

Les frontières en alerte

À l’aéroport d’Alger, des équipes médicales examinent les voyageurs arrivant des zones à risque. Policiers, douaniers et personnel des compagnies aériennes au sol ont adopté des mesures strictes quant aux contacts avec les voyageurs. Le docteur Mohamed Yousfi, chef du service des maladies infectieuses à l’EHS Boufarik (sud d’Alger), « n’exclut néanmoins pas qu’à l’avenir il puisse y avoir des cas autochtones », selon le site TSA. « Le danger vient de l’étranger, à travers l’afflux de voyageurs nationaux ou étrangers vers les points d’entrée terrestres, portuaires et aéroportuaires. Nous sommes en état d’alerte maximal au niveau des frontières pour qu’il n’y ait pas d’autres cas », a soutenu le spécialiste.

Dans les pharmacies algéroises, on se rue sur les masques de protection et les gels hydroalcooliques. « Il y a une forte demande, mais pas de pénurie pour le moment, par contre, le prix des masques et des gels a augmenté de 200 % », explique une pharmacienne au centre-ville d’Alger. Les autorités ont demandé cette semaine aux pharmaciens de restreindre les ventes de ces deux articles alors qu’il est désormais interdit de les exporter.

« La nouveauté est que les personnes achètent des lots complets d’antibiotiques, de vitamine C, etc. », témoigne la pharmacienne. Le ministère de la Santé a fait état de la « disponibilité de deux millions de masques au niveau des stocks d’urgences de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) en sus d’un grand nombre de masques de haute qualité destinés au corps médical ».

Mariages reportés

« J’ai changé mes habitudes, je ne me déplace qu’en cas d’urgence et j’essaye d’expliquer aux gens que je ne veux plus serrer la main ou faire la bise », explique Halim, jeune cadre d’une multinationale rencontré dans la pharmacie. Il a également demandé à sa mère, qui a dépassé la soixantaine, de ne plus aller faire ses courses au marché et de se contenter de la petite supérette du marché. « Le virus ne me fait pas peur, mais il faut prendre beaucoup de précautions et, surtout, s’en tenir à une hygiène stricte », ajoute le jeune homme. Dans certains mariages célébrés récemment, les familles mettent à disposition des invités de grosses bouteilles de gel hydroalcoolique. Des projets de mariage sont également reportés à l’été, comme le rapporte la presse locale.

Et le hirak dans tout ça ?

Dans la rue algéroise, peu de personnes s’affichent avec un masque de protection, mais la grande question reste celle du hirak : comment continuer à manifester les vendredis et les mardis sans courir le risque d’une contamination massive ? Le débat est lancé sur les réseaux sociaux entre ceux qui veulent continuer à sortir manifester et leurs opposants qui en appellent au sens de la responsabilité. « La police, pendant les dernières manifestations, portait des masques, ça m’a un peu troublé », reconnaît Hamid, quadra et chef d’une petite entreprise qui manifeste depuis un an contre le système politique. « Je préfère attendre de voir ce que donnera la mobilisation de ce vendredi et quelle sera la tendance majoritaire », conclut-il.