Jeunes filles, jeunes dames, femmes mûres, depuis des dizaines d’années après l’accession de bon nombre de pays africains à l’indépendance, vous n’avez de cesse de démontrer vos capacités entrepreneuriales. Mais, pourquoi, pourquoi et pourquoi, nous ne vous retrouvons pas assez – en nombre et en qualité – dans le cercle restreint des grands entrepreneurs en Afrique, surtout en Afrique subsaharienne ? Ou êtes-vous blotties ?

La Vendeuse de poissons, la Distributrice de fondé (bouillie de mil au Sénégal), la Commerçante ambulante des beignets et arachides, la Teinturière de tissus, la Directrice de l’Agence de communication digitale, la Directrice générale d’un cabinet conseil en stratégie ou encore la Fondatrice Dirigeante reconnue d’un atelier de confection de vêtements, ont un point commun.

Sorties de Dakar, Bamako, Abidjan, Yaoundé Libreville, Ndjamena, ou dans toute autre ville africaine, ces femmes sont des entrepreneures hors pairs.

Toutes ces icones sont animées par cette farouche volonté de créer une activité, de la faire croitre et de la pérenniser. Toutes femmes qu’elles sont, elles ne sont pas des femmes comme les autres. En plus de leurs activités ô combien prenantes, elles éduquent leurs enfants. Elles s’occupent de leurs familles. Elles perpétuent les traditions. Elles apportent une contribution non négligeable au développement de l’économie de leurs pays et surtout elles servent d’assureurs en dernier ressort des revenus de leurs ménages !

Aujourd’hui la part de l’émergence du pays venant du peuple repose en majorité sur les épaules de ces promotrices de PME – formelles ou informelles – semble de plus en plus être une évidence.

L’entreprenariat au féminin a toujours existé en Afrique. Pendant bien longtemps, il se cantonnait à porter les habits d’un family business exclusivement artisanal. Depuis peu, une mutation perceptible est en cours. On observe l’éclosion d’un entreprenariat féminin qui se structure et se transforme peu à peu en levier de création d’emplois décents. 

Ces promotrices d’entreprises ou d’activités sont de véritables variables d’ajustement des économies locales. Elles accompagnent – directement ou indirectement – les Etats à mieux allouer leurs ressources particulièrement limités face aux attentes des populations. Leur courage est une invitation lancée à chaque citoyen pour agir en levier de la croissance inclusive. Cependant, pour être efficace, l’accompagnement des initiatives de ces femmes par l’Etat est à placer dans les axes prioritaires des stratégies croissances de leurs économies. En effet, nombreux sont ces Africains qui font encore face à des urgences de survie de façon quotidienne. Il est donc question ici de paix sociale. L’entreprenariat féminins résonne comme un signal d’alarme – wake up call – pour réussir le passage de ce cortège tant attendu des émergences, en Afrique.

Il est plus que jamais temps d’investir dans l’entreprenariat féminin. Il est plus que jamais temps d’en finir avec  la précarité entrepreneuriale de ces femmes qui bien souvent sacrifient leur santé pour faire vivre leurs entreprises. Il est plus que jamais temps de se sortir de ces cercles vicieux. Ces femmes se privent de vacances et de jours de repos. Elles ne jouissent pas assez de leurs retraites, pour celles qui en bénéficient. Tant que des structures d’accompagnement efficaces ne verront pas le jour, cette situation perdurera et c’est tout naturellement que cette majorité de la population se tournera difficilement vers des activités créatrices de valeur pour la communauté, à due proportion de leurs efforts et de leurs compétences. La conjoncture actuelle favorise cette mutation requise. Il y a des raisons d’y croire. En effet depuis quelques années, l’Afrique est – toutes choses égales par ailleurs – sur une « bonne » dynamique de croissance qui gagnerait à davantage porter les habits neufs de la croissance inclusive. 

Pour ce faire, la fertilisation croisée entre la pertinence de l’offre des produits et des services en Afrique et une exploitation idoine de la richesse ainsi créée, permettra d’accélérer l’action des femmes dans la dynamisation du tissu économique local. Il s’agit là d’autant de pistes pour faire face au déferlement de l’Accord de Partenariat Economique – APE – entre l’Union Européenne et les pays d’Afrique entre autres.  La fin de cette décennie ouvre une fenêtre d’opportunités au foisonnement des innovations portées par les femmes. La diversité des populations – urbaines vs rurales, scolarisées vs autodidactes – offre autant d’opportunités pour créer et innover. Dans cette dynamique, un des leviers de croissance rapide en Afrique reste inexorablement la capacité des africains à répondre aux enjeux économique et sociaux du numérique. Cela se traduit par la conception et la mise en place de nouvelles offres adressant de nouveaux besoins apparus avec la digitalisation de la société. Nous pouvons citer le cas de Monique Ntumngia qui soutient que l’Internet, c’est de l’or entre nos mains. Cette jeune juriste camerounaise, avec son Association Green Girls a connu une ascension fulgurante grâce à son offre inédite en énergies renouvelables. Ce n’est pas un hasard si plus d’une vingtaine de chaines de télévisions à travers le monde se sont penchées sur son parcours en moins de deux mois. Sa démarche se résume dans le triptyque « ODD [1]Teamwork – Stratégie ». Ce qui est évident, dans la viralité de sa stratégie, c’est que chaque Africaine peut rivaliser avec cette femme chef d’entreprise quand elle soutient qu’il n’y a pas de limite aux opportunités en déclarant « the sky is not my limit, the sky is my starting point ».

Il est urgent pour les Etats de relâcher les contraintes qui pèsent sur l’entreprenariat,  l’innovation et l’open innovation en Afrique. Ces Freins sont renforcés par le poids des usages culturels, le statut de la femme, leur accès au crédit et l e déficit de structures de réseautage – networking – dédiés sur toutes les strates, qui s’explique par la panne de l’ascendeur social. De nombreux pays apportent une réponse – plus ou moins efficace – à l’entreprenariat des femmes en actionnant des structures d’Incubation et ou d’accélération.

Pour accompagner l’entreprenariat, soutenir l’entreprise et favoriser l’innovation, des agences d’accompagnement des PME à l’instar de l’ADEPME au Sénégal, de l’APME au Cameroun ou de Maroc PME sont créées çà et là. Des programmes internationaux comme ceux de la CNUCED[2], du BIT[3] et de bien d’autres encore, viennent appuyer ces initiatives pays. Au-delà des techniques acquises dans ces différents programmes, le réarmement moral que  les femmes en tirent, favorise inéluctablement l’émergence et la structuration d’un écosystème dynamique propice à la fertilisation de bonnes pratiques au féminin.

Elles n’attendent que cela. Les PME de ces femmes entrepreneures s’adapteront plus volontiers aux enjeux de la mondialisation. En effet, leur déficit d’adaptation est devenu un « tueur silencieux » de leurs activités. Aujourd’hui, il y a un réel besoin d’adresser le problème lié à l’étouffement des innovations portées par des femmes ou de structures dédiées à leur monétisation. De mécanismes aussi salutaires éviteront à leurs projets d’échouer dans la vallée de la mort de la croissance des PME et permettront à ces femmes d’amorcer le saut de puce – scale up – attendu de la grande majorité d’entre elles. 

Il est important aussi de mettre en place un volet formation, qui passera par ailleurs par la réforme du système éducatif pour assurer une éducation de qualité en plus de ses objectifs quantitatifs. Stratégiquement, il est opportun de sélectionner les métiers dans lesquels les femmes devront se spécialiser pour être compétitives dans la chaîne de la valeur mondiale. La génération de champions nationaux féminins passera par ce canal. Des structures privées apportent leur soutien à cette émergence de l’entreprenariat féminin. On peut entre autres, citer Humanbet qui a mis en place le Scoring des PME qui s’est avéré être une rampe de lancement des créateurs, des projets et des PME.

Nous pouvons dire que l’émergence tant attendue dans les pays de l’Afrique subsaharienne est une affaire de reprogrammation mentale des décideurs. Cette émergence s’appuiera inéluctablement sur l’existence d’un dense tissu de PME féminin, sur leur respect des canons de lisibilité, sur la capacité de ces femmes à faire la démonstration de la cohérence de leurs actions vis-à-vis de leurs visions du monde. Ceci sera le témoignage de leurs alignements sur les objectifs gouvernementaux.

Il est temps pour la vision top-down de l’Etat d’intégrer la longue marche silencieuse bottom-up des femmes entrepreneurs et autres porteuses de projets sur le terrain. En l’absence d’un effort politique, le désalignement qui en résultera viendra obérer les missions que ces femmes entrepreneurs s’auto assignent dans la réduction de la pauvreté à un niveau socialement acceptable.

Ces femmes viennent ainsi faciliter l’accès de leurs pays au statut de pays à revenus émergent. Elles aident leurs pays dans leur entrée dans le cercle des Nouveaux Pays Industrialisés. Au surplus, l’action de ces femmes a vocation à contribuer, toute proportion gardée, à l’atteinte des objectifs de consolidation du processus démocratique de leurs pays et au renforcement de l’unité nationale.

Il subsiste un écart stratégique entre, d’une part, le continuum « volonté affichée – volonté exprimée » par ces femmes entrepreneures et d’autre part, la réalité vécue au quotidien par ces dernières. La nature ayant horreur du vide, des organisations privées – plus ou moins habilitées – affluent spontanément au chevet de l’entreprenariat des femmes.

La convergence entre les actions gouvernementales, les organismes privés et les femmes chefs d’entreprises, forme un écosystème qui laisse une place de choix à la diversité de profils d’entrepreneuriaux. Les femmes exercent l’entreprenariat social. Les femmes œuvrent dans l’entreprenariat technologique. Les femmes signent des collaborations stratégiques. Les femmes se spécialisent dans l’entrepreneuriat dans l’art. Les femmes militent pour l’entrepreneuriat au féminin. Les femmes font du network marketing. Les femmes créent des franchises. Les femmes se lancent dans le life style entrepreneurship. Les femmes excellent dans l’entrepreneuriat ethnique. Les femmes sont des serial entrepreneurs. Les femmes font briller l’entrepreneuriat rural ou encore les femmes modernisent le family business.

A la question du pourquoi, pourquoi et pourquoi, on ne retrouve pas assez, en nombre et en qualité, les femmes dans le cercle restreint des grands entrepreneurs en Afrique, surtout en Afrique subsaharienne ? La réponse à ce handicap se structure autour d’un écosystème porté par plusieurs méthodes d’appropriation de l’entreprenariat féminin. Ces femmes peuvent suivre l’enseignement de l’entrepreneuriat. Ces femmes peuvent rentrer en immersion au cœur du système de création d’entreprise. Ces femmes peuvent avoir le recours à des associations porteuses d’une diversité d’interactions et ces femmes peuvent intégrer des incubateurs.

Nous pouvons sans aucune réserve dire aux Jeunes filles, dire aux jeunes dames et dire aux femmes mûres que leurs capacités entrepreneuriales sont plus que jamais de l’or entre leurs mains.

[1] Objectifs de développement Durable

[2] Conférence des Nation Unies sur le Commerce et le Développement

[3] Bureau International du Travail

Cécile THIAKANE, Activiste Développement Social  & Dr Mathias MONDO, Stratégiste des PME