LÉGENDE. La carrière de Maradona a été jalonnée de rencontres fortes avec le football africain. Personnalités, stars et anonymes se sont émus de sa disparition.

Par

Quand on évoque le nom de Maradona en Afrique, une date est encore dans toutes les mémoires. Coupe du monde 1990. L’Argentine est tenante du titre, mais le Cameroun va se montrer héroïque en Italie. Réduits à neuf sur le terrain, ils remportent le match au terme de 90 minutes grâce à un magnifique coup de tête de François Omam-Biyik face à l’équipe de Diego Maradona. « Je ne crois pas qu’ils aient eu la moindre intention de nous faire mal pour remporter ce match. Il n’y a rien à redire, aucune excuse. Si le Cameroun a gagné, c’est parce que c’était la meilleure équipe », avait reconnu fair-play Maradona. C’était il y a trente ans.

Mondial 1990 : le jour où le Cameroun bat l’Argentine de Maradona

Ce jeudi matin, la Fecafoot, la Fédération camerounaise de football, a posté sur Twitter la vidéo de ce match inoubliable. « Hommage à ce joueur qui a marqué l’histoire du football. Lors de la Coupe du monde 1990, le Cameroun gagnait son match contre l’Argentine, avec sur le terrain le légendaire Maradona. »

Au lendemain de l’annonce du décès du génie argentin du football à l’âge de 60 ans, les Africains se souviennent des moments clés qui ont marqué les relations entre plusieurs générations de leurs joueurs et ce Dieu du ballon rond.

Une relation à part avec les joueurs africains

Parmi eux, l’international sénégalais Kalidou Koulibaly. Sans doute le joueur africain qui aura été le plus proche de Diego Maradona. « Je n’oublierai jamais tes paroles pour moi. Je n’ai qu’un mot en tête : merci. Pour tout. Pour toujours », a-t-il écrit sur Twitter.

Il faut se souvenir que celui que le monde surnommait el pibe de oro avait publiquement pris parti pour le défenseur central à plusieurs reprises ces dernières années. « Si Koulibaly était blanc, il jouerait déjà au Real Madrid ou au FC Barcelone. C’est un phénomène, le meilleur défenseur de Serie A. […] Dans le football, le racisme continue d’exister. Les joueurs blancs sont toujours favorisés par rapport aux joueurs noirs, c’est une honte », s’était emporté Maradona en 2018. « J’ai joué sept ans avec Naples et j’ai moi aussi été victime de chants racistes de la part de certains fans. Je me souviens encore des banderoles “Bienvenue en Italie”. Je me sens encore plus napolitain et, aujourd’hui, je veux être proche de Kalidou Koulibaly. J’espère que cet épisode marquera un tournant : éliminer le racisme du football une fois pour toutes », avait écrit Maradona sur Instagram en 2016 alors que Koulibaly avait été la cible de « cris de singe » en plein match. Maradona n’avait pas hésité à s’afficher avec un maillot floqué au nom du Sénégalais.

Maradona à Abidjan

Pour bien comprendre la relation quasi magique qu’entretenait le Dieu argentin du football avec l’Afrique, il faut remonter dans le temps, bien avant 1990. « L’Afrique, le virevoltant attaquant argentin qui a donné le tournis aux défenseurs les plus téméraires, l’a découverte, le 6 octobre 1981, avec le Boca Juniors, dans un match contre le stade d’Abidjan, raconte, dans son édition du jour, le quotidien burkinabè Wakat Séra. C’était au Félicia, le stade Félix-Houphouët-Boigny-d’Abidjan, dans un match remporté par le club argentin sur le score de 5 à 2, dont deux buts du prodige Maradona. Il n’avait que 21 ans, mais soulevait déjà foule. » Et ça ne s’est pas arrêté là. Même dans son style de jeu, les Africains s’étaient reconnus. « Diego Armando Maradona était sans doute le footballeur le plus proche du magique football africain, de par ses gestes chaloupés et envoûtants, ses dribbles dévastateurs qu’il réussissait bien aidé par son centre de gravité bas et sa spontanéité dans le jeu », décrypte encore le journal.

Une relation ambivalente avec l’Afrique

Une spontanéité qui n’a pas toujours réussi au joueur argentin. Dans les souvenirs des Africains figure aussi ce jour du 26 juin 2018 où l’Argentine affronte le Nigeria. Maradona est alors sur le banc de touche, comme sélectionneur. « Alors que le Nigeria tenait tête à l’Argentine, il [Diego Maradona, NDLR] va littéralement exploser dans les tribunes lorsque les Albiceleste prennent l’avantage 2 à 1. C’est alors que le légendaire Diego Maradona insulte les supporteurs africains en faisant un doigt d’honneur à la caméra », révèle L’Observateur Paalga. « Un geste qui avait choqué tout le continent africain, mais qu’il lui aura tout de même pardonné. »

L’icône de toutes les générations

De grands noms du football sur le continent se souviennent. « C’est le prophète du football qui est parti. Quand il m’a vu jouer, je ne sais pas comment il a eu mon numéro de téléphone, mais il m’a contacté pour me féliciter et m’encourager. Si je fais partie des 100 meilleurs joueurs du siècle, c’est grâce à lui, affirme l’ancien international sénégalais El-Hadj Diouf, interrogé par le quotidien Enquête à Dakar. « Il s’est battu pour cela, alors qu’il n’est pas un Africain. C’est parce qu’il savait reconnaître et apprécier le talent de l’autre. Aujourd’hui, c’est le monde entier qui a perdu. Maradona procurait du bonheur à tout le monde. Il incarnait le respect. »

« Mon idole est mort », regrette, pour sa part, l’Ivoirien Didier Drogba, « mon premier maillot de foot, l’homme à l’origine de ma passion ».

Même tristesse exprimée par le Camerounais Samuel Eto’o. « Bon repos, patron », a écrit l’ancien buteur du FC Barcelone, à l’image de l’Argentin Maradona qui a également porté le maillot catalan dans les années 1980.