Derrière sa présence diplomatique qu’il renforce sur le continent, le gouvernement de Narendra Modi affiche clairement son intention de concurrencer son grand voisin de l’empire du Milieu.

L’Inde est-elle suffisamment représentée en Afrique ? Pas assez si l’on en croit les dernières décisions de New Delhi. Pour y remédier, le gouvernement du sous-continent indien a décidé de doper son soft power en annonçant l’ouverture de 18 nouvelles ambassades sur le continent d’ici à 2021, « faisant passer de 29 à 47 le nombre de missions indiennes résidentes » en Afrique, d’après un communiqué du gouvernement. Le deuxième pays le plus peuplé du monde compte bien s’y implanter davantage, en s’appuyant notamment sur sa diaspora, composée de près de 2,5 millions de personnes. Un atout de taille pour une « coopération » et un « engagement renforcé » avec les pays du continent africain.

 

L’Inde active tous les leviers diplomatiques et économiques

La décision du gouvernement indien intervient alors que le pays multiplie les rapprochements avec l’Afrique. Dernier témoignage en date : la déclaration du ministre du Commerce et de l’Industrie, Suresh Prabhu, déclaration dans laquelle il plaide pour la signature d’un accord de libre-échange entre son pays et l’Afrique. Le but : « renforcer les échanges commerciaux bilatéraux qui demeurent en deçà de leur potentiel », a-t-il déclaré lors du XIIIe conclave sur le Partenariat Inde-Afrique. Un événement annuel qui a rassemblé des hommes d’affaires indiens et africains le 25 mars dernier à New Delhi autour du thème « Partenariat Inde-Afrique ». Pour convaincre les pays africains, le ministre a d’ailleurs signifié que ces échanges seraient « bénéfiques » aux signataires de l’accord sur la création de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC), ratifié le 21 mars dernier à Kigali.

Passer la surmultipliée

Si le pays multiplie les appels du pied au continent, c’est que la bataille pour les investissements avec son concurrent historique, la Chine, est rude. L’Inde a pris du retard, mais sa présence en Afrique s’accentue d’année en année. Les échanges commerciaux bilatéraux entre le pays et le continent se sont ainsi multipliés par cinq ces dix dernières années. De 11,9 milliards de dollars en 2005-2006, le chiffre est passé à 56,7 milliards en 2015-2016. Le seuil des 100 milliards de dollars est d’ailleurs attendu pour la fin de l’année, d’après la Banque africaine de développement (BAD). Les investissements indiens sur le continent se sont également intensifiés, puisque la nation aux 1,3 milliard d’habitants occupe aujourd’hui la 5e place des pays investisseurs en Afrique. 54 milliards de dollars ont ainsi été investis sur le continent ces vingt dernières années, dopés par l’attirance de l’Inde pour ses réserves minières. Le pays compte donc bien rester dans la course, malgré l’avance considérable de son voisin chinois. Une concurrence qui se joue également sur le plan militaire : quand la Chine construit une base navale à Djibouti – la première du genre sur le continent –, l’Inde riposte et propose la sienne aux Seychelles. La construction d’une base aérienne indienne a ainsi été signée en janvier dernier pour contrer l’influence chinoise grandissante dans l’océan Indien. Qu’on se le dise, New Delhi veille au grain.