TRIBUNE. La Journée internationale des droits des femmes révèle combien le travail des femmes est sous-estimé dans les données économiques. Illustration.

Par Fati N’Zi Hassane | Le Point.fr – © Mahmut Serdar Alakus / Anadolu Agency

Les chiffres sont sans concession. D’après The Global Gender Gap Report 2018 publié par le Forum économique mondial, les hommes détiennent 50 % de richesses de plus que les femmes et restent largement majoritaires dans l’ensemble des postes décisionnaires du monde économique et politique. Seulement 18 % des ministres, 24 % des parlementaires dans le monde sont des femmes et, plus globalement, 34 % de femmes exercent un poste à responsabilité.

L’inégalité entre genres est la norme dans le monde du travail

À travail équivalent, les femmes gagnent en moyenne 33 % de moins que les hommes. Dans son dernier rapport, l’Organisation internationale du travail (OIT) souligne également qu’après une période de croissance qui a duré jusqu’en 2003, les progrès pour réduire les inégalités de participation entre hommes et femmes se sont ralentis.

Il y a toutefois quelques exceptions. L’une des plus marquantes est africaine. Au Rwanda, la moitié des diplômés de l’université sont des femmes et elles sont majoritaires à l’Assemblée nationale, 51 sièges sur 80. Preuve s’il en est qu’avec une politique volontariste comme celle imposée par le président rwandais Paul Kagame, la bascule est possible. Il y a dix ans, le pays était encore au même niveau que ses voisins côté ouest, trop bas.

Les femmes dominent dans le travail de soins non rémunéré

Selon le dernier rapport d’Oxfam sur la contribution des femmes à l’économie, 42 % des femmes en âge de travailler n’occupent pas un emploi rémunéré contre 6 % des hommes. Cette statistique cache une réalité visible à l’œil nu. Elles s’occupent souvent seules, du travail de soins non rémunéré comme prendre en charge la dépendance de parents ou d’enfants malades, la préparation des repas pour la famille… Et cela au détriment de leur scolarisation, en réduisant leur capacité à contribuer au système de protection sociale ou à accumuler des richesses, ce qui aggrave la situation de pauvreté dans laquelle plusieurs se trouvent et les rend plus vulnérables avec l’âge. Selon les calculs d’Oxfam, la valeur de ce travail, estimation basse, serait d’au moins 10 800 milliards de dollars, l’équivalent par jour de 12,5 milliards d’heures de travail de soins non rémunéré, soit trois fois la valeur du secteur des technologies.

Un insupportable profit en est tiré par le système économique actuel

Même si pour ONU Femmes, les principales raisons de cet état de fait sont à chercher dans les croyances sociales injustes, il paraît évident que le système économique actuel tire un avantage de la situation, sinon, comment expliquer que, malgré des années de sensibilisation et des millions de dollars investis dans des programmes de promotion du genre, la hausse de la participation des femmes dans des emplois rémunérés, la remise en question du modèle de soutien familial masculin dans le monde et la participation des hommes au travail de soin non rémunéré n’aient augmenté que de manière très marginale, selon Oxfam. Les hommes qui se dévouent pour soigner un membre de leur famille malade à la maison restent l’exception.

Aujourd’hui, certaines femmes, cette tranche la plus vulnérable de pauvres, de rurales et de moins scolarisées, souvent issues de minorités marginalisées, assument le double fardeau d’un emploi souvent mal rémunéré et du travail de soins non rémunéré du tout, réduisant à une peau de chagrin leur temps de repos.

Il est urgent qu’il y ait des avancées plus rapides

Certes, nous pouvons nous réjouir de certaines avancées. Au Burkina Faso, par exemple, le nombre de filles scolarisées dans le primaire est passé de 72 % en 2008 à 95 % en 2018, mais elles ne sont que 40 % à poursuivre dans le secondaire et 4 % dans le supérieur. Nous savons aussi que les Africaines sont les championnes du monde de l’entrepreneuriat. L’étude Women in Africa montre également que près de 24 % des Africaines en âge d’exercer un emploi sont impliquées dans la création d’entreprises contre 11 % en Asie du Sud.

Il est nécessaire de pousser l’analyse pour comprendre dans quelle mesure ces femmes se lancent dans l’entrepreneuriat pour se conformer à certaines injonctions (de non-mixité par exemple), ou pour contourner les barrières à la profession professionnelle dans les milieux à prédominance masculine. Il n’en reste pas moins que cet engouement démontre que l’énergie et l’ambition féminines sont bien présentes, et que nos États gagneraient à créer les conditions de leur expression.

Mais tant que l’égalité ne sera pas une évidence partout, pour toutes et sur le continent africain en particulier, nous devons continuer à promouvoir à tous les niveaux la place des femmes dans nos sociétés et à rappeler ce principe de base : tous les hommes naissent libres et égaux en droit… y compris les femmes.