À l’image des meilleurs étudiants des plus grandes universités du monde, ceux de l’African Leadership Academy se mettent au diapason des enjeux stratégiques actuels. © Marc Shoul/Panos/REA / Marc Shoul/Panos/REA
 
Contenus des cours harmonisés avec ceux de grandes écoles, coûts de la vie compétitifs, marchés en développement : tenter l’expérience in vivo en Afrique offre de nombreux atouts.
 
PAR MALICK DIAWARA

« À nos partenaires du Nord, aux étudiants surtout, je dirai : N’ayez pas peur de venir en Afrique. Nous travaillons dur et obtenons des résultats, même avec de petits moyens. Nos universités forment des cadres pour nos pays et nous avons des enseignants compétents. » À l’évidence, pour l’auteure de ces propos, Hortense Atta Diallo, professeure d’agronomie, vice-présidente de l’université Nangui-Abrogoua d’Abidjan et chargée de la planification, de la programmation et des relations extérieures, les universités sur le continent ont encore une partition à jouer au-delà de l’enseignement et de la formation d’étudiants africains. Cela se justifie d’autant plus que la donne a changé sur le plan économique au niveau international, faisant de l’Afrique un continent d’avenir, certains disent « la nouvelle frontière ».

Renforcer la pertinence des formations

Si l’enjeu pour l’Afrique est de jeter de plus en plus de ponts avec des universités et des centres de recherche du Nord pour élever le standard de compétence de ses étudiants, pour les pays du Nord, et en la matière l’Europe joue sa carte, il s’agit de renforcer la pertinence de la formation des étudiants en y intégrant, au-delà des éléments techniques, des clés culturelles. L’idée est d’être le plus affûté possible face à des concurrents de plus en plus agressifs venus d’autres horizons, notamment de l’Asie et de l’Amérique du Nord. « L’acquisition de compétences par les jeunes Africains est une priorité pour nous », dit Deirdre Lennan, chargée du programme Erasmus+ pour l’Afrique à la Commission européenne. Ce programme offre des possibilités de mobilité et des périodes de formation à des étudiants africains en Europe, mais aussi à des doctorants et enseignants européens qui vont dans les universités africaines. Là, dans des domaines comme les maladies infectieuses ou l’ingénierie civile, du fait de la construction de nombreuses villes nouvelles « smart », l’Afrique peut leur apporter une belle expérience. Cette démarche fait écho à la volonté au plus haut niveau, entre l’Union africaine et l’Union européenne, de faire un grand travail d’identification des contenus, des modes d’enseignement aussi, pour élever le niveau de formation et mieux l’adapter aux besoins du continent africain en termes de profils d’emploi. Avec l’Erasmus africain sur lequel l’Union africaine et la Commission européenne travaillent, la mobilité entre universités africaines devrait être renforcée et pourrait permettre la délivrance de doubles diplômes purement africains.

La quête d’excellence

Comme le dit Amadou Diaw, président et fondateur de l’Institut supérieur de management (ISM) de Dakar, établissement pionnier et de référence en Afrique de l’Ouest, désormais dans l’escarcelle de Galileo-Providence, troisième groupe mondial en matière d’éducation, « il faut repenser les contenus et l’enseignant du futur ». Tirant les conséquences de la prise de conscience de l’Afrique sur la nécessité de créer de la valeur sur place, des groupes d’enseignement supérieur européens ont sauté le pas pour s’installer sur le continent. En plus d’écoles de commerce comme Kedge ou Neoma, qui ont établi des partenariats avec des structures installées en Afrique, d’autres établissements se sont carrément installés en Afrique. C’est le cas de Paris-Dauphine à Tunis et de l’Essec à Rabat. Pour Thierry Sibieude, directeur général du campus Essec Afrique de Rabat, la création de valeur sur les territoires africains se fera par la création d’entreprises. Son raisonnement : il y a 600 millions de personnes en âge de travailler aujourd’hui en Afrique, ce chiffre doublera dans les prochaines années. Or toutes ne pourront pas être fonctionnaires ou employées par de grands groupes.

Répondre à un besoin du terrain

Cette analyse fait écho à ce que le terrain même révèle de la prise de conscience des Africains de cette réalité. Pour rappel, dès 1992, le Sénégalais Amadou Diaw, pionnier en la matière en Afrique francophone, s’est lancé dans la création d’une business school, l’Institut supérieur du management. C’était dans un environnement où aucun texte législatif n’était en vigueur pour réglementer l’enseignement supérieur privé au Sénégal. Vingt-six ans après, l’ISM, qui a un partenariat avec l’Essec, compte 5 000 étudiants de 30 nationalités pour un corps enseignant de 100 professeurs qu’accompagnent 250 salariés. Et la question de la qualité et de l’excellence a été une préoccupation de tout premier plan dès le début. Aussi, la certification ISO 9001 version 2000 est-elle venue couronner en 2004 les premières démarches dans ce sens. Cerise sur le gâteau : l’obtention de l’accréditation Cames (Conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur), qui sert de cadre de régulation, d’organisation, de certification, de normalisation, de reconnaissance des diplômes et organise la sélection et l’admission à l’enseignement supérieur des pays membres. Aujourd’hui, l’ISM travaille avec 50 écoles partenaires réparties sur plusieurs continents (Europe, Amérique, Asie), compte quelque 200 entreprises partenaires et a déjà diplômé plus de 18 000 étudiants d’horizons très divers. C’est dire que, sur le créneau des business schools, les Africains n’ont pas attendu pour se lancer. Actuellement, certaines, comme l’African Leadership Academy en Afrique du Sud et Ashesi au Ghana, sont emblématiques de la capacité africaine à faire rimer formation et excellence.

Tirer avantage d’une meilleure harmonisation et d’un coût moindre

Sinon, que constate-t-on avec le temps ? Progressivement, tirant avantage des déductions de ce que sera le marché de l’emploi demain sur le continent, les systèmes éducatifs européens et africains sont en train de s’articuler vers une certaine harmonisation. Celle-ci ne manquera pas de donner un avantage compétitif à l’Afrique. En effet, si les diplômes délivrés sur le continent seront de plus en plus au standard international, qu’ils soient délivrés dans les universités ou les business schools, le coût de l’environnement des études peut être moindre. Le cas d’Élisa, étudiante française à l’Essec de Rabat, est éloquent. Installée depuis janvier, elle a réussi à trouver un appartement confortable en plein centre-ville. Son loyer : entre 200 et 300 euros. « De manière générale, mes dépenses par rapport à ma vie parisienne ont été divisées par deux », explique-t-elle, mettant l’accent sur son confort de vie, qui lui permet de profiter pleinement de son expérience marocaine et d’en apprendre davantage sur l’Afrique. « Le contenu de nos cours, la qualité des intervenants et les rencontres avec de nombreux acteurs économiques nous apprennent beaucoup sur les réalités du continent africain », poursuit-elle. Une façon pour elle, comme pour les autres étudiants tentés par l’aventure africaine, d’apporter de la valeur ajoutée à son choix.

* Cet article a également été publié dans le hors-série Le Point Afrique paru sous la forme d’un guide pratique pays par pays sur le thème « S’installer en Afrique ». Il a été conçu autour de quatre axes d’approche : travailler, entreprendre, investir et étudier.