Les politiques d’aménagement du territoire se présentent de plus en plus comme des outils du développement territorial dans les villes du sud. Par « sud » nous entendons les villes appartenant aux pays en développement, la plupart se situant au sud de l’équateur. Il s’agit ici d’étudier une politique d’aménagement d’une ville nouvelle au Sénégal, le pôle urbain de Diamniadio, actuellement en cours d’élaboration. Cette politique peut être qualifiée de « novice » ou « inédite », puisqu’elle émane du gouvernement et non d’institutions internationales (Banque Mondiale, ONU).

Le Sénégal, dont la capitale est Dakar, est situé en zone tropicale d’où son climat tropical et sec. Il possède une superficie de 196 722 km² et plus de 14 millions d’habitants. Mais cette population est inégalement répartie sur le territoire, comme on peut le voir sur la carte ci-dessus. On constate que la population se concentre à l’ouest, notamment dans la capitale, Dakar avec une densité de population de 4849 h/km². Dakar fait face à plusieurs difficultés propres au milieu urbain, la pauvreté, les inégalités, le manque d’infrastructures, l’eau et l’assainissement…etc.

Le Plan Sénégal Émergent

Pour la capitale, on parle de « macrocéphalie » mais aussi de « métropole ». La politique d’aménagement du pôle s’articule autour de ces deux termes, puisque d’une part le pôle urbain de Diamniadio, à l’est de la capitale, se présente comme ville nouvelle d’équilibre afin d’équilibrer et développer le territoire. D’autre part, à échelle internationale, dans une dynamique de compétitivité métropolitaine, le pôle urbain se présente comme élément déclencheur de « l’émergence » de tout un pays. Le projet est donc de créer une ville nouvelle, fonctionnelle, sur le modèle d’une « smart-city », une ville productive et durable. Cette politique d’aménagement s’inscrit dans le cadre du Plan Sénégal Emergent (cadre de références juridiques de l’actuel président pour mener le Sénégal à l’émergence d’ici 2035). Cette politique est avant tout une politique de développement territorial, permettant la croissance de tout un pays grâces à des localités. Un projet d’une telle ampleur induit l’implication d’une multitude d’acteurs, c’est pourquoi une enquête a été réalisée afin d’analyser les différents niveaux d’implications et la conduite du projet.

Une enquête qualitative

Une liste des acteurs potentiels a été réalisée, il a fallu trier parmi eux les plus pertinents, les interroger dans le cadre d’une enquête qualitative (réalisation d’une grille d’entretien). Six acteurs majeurs ont été interrogés au sein de différentes structures, le Ministère du renouveau urbain et de l’habitat, la Direction d’Urbanisme et d’Architecture (DUA), la Délégation générale pour la promotion des pôles urbain (DGPU), le département de Rufisque (sur lequel se trouve le pôle), les communes de Diamniadio et Bargny (sur lesquelles se trouve le pôle).On distingue déjà deux catégories d’acteurs, les acteurs nationaux (ministère, DUA et DGPU) au service de l’Etat dans le cadre du PSE, et les acteurs locaux (élus locaux et populations locales). Or, il résulte de cette enquête que le projet du pôle urbain de Diamniadio est un projet vertical. C’est-à-dire qu’il émane d’une échelle nationale, d’un état au centre des politiques d’aménagement, et qu’il est imposé aux collectivités locales et leurs populations. Nous avions supposé l’implication des acteurs locaux au projet, mais ils ne sont que concernés en réalité, le projet les concerne directement et concrètement sur le terrain mais ils ne sont ni sollicités, ni impliqués au projet. Il y a donc un double discours, celui d’un état porteur d’un projet de développement territorial crucial qui affirme satisfaire l’ensemble des parties, face à celui d’une échelle locale déçue, écartée, mais surtout exaspérée qu’on ne lui accorde pas la compétence de l’aménagement du territoire.

Le rôle des collectivités locales

Malgré ce sentiment de frustration, ce manque d’appropriation du projet, perçus dans les collectivités locales, ces dernières parviennent tout de même à procéder à leurs propres projets de développement, dans le sens du pôle. Le pôle urbain de Diamniadio ne fait sans doute pas l’unanimité mais il est de fait un moyen de stimuler le développement des communes limitrophes, voici le seul point positif évoqué par l’échelle locale. Enfin, l’étude de cette politique d’aménagement mène vers quelques suggestions et préconisations pour l’élaboration d’autres pôles au Sénégal (25 au total). En effet, la manque de cohésion des acteurs a été souligné et il est regrettable de constater que la décentralisation, bien que récente, n’ait pas totalement porté ses fruits. Il est clair que l’aménagement du territoire concerne l’ensemble du pays, mais selon qu’il s’applique de manière concrète sur un territoire à une échelle plus fine, cette dernière doit pouvoir être en mesure d’en avoir une certaine responsabilité. Les collectivités locales sont compétentes en matière d’aménagement, et ce de manière tout à fait légitime. Il serait donc préférable de favoriser une concertation entre les différents acteurs d’un projet, autour d’une institution publique par exemple, qui les mettrait tous au même pied d’égalité.

Le droit à la ville

On se demande bien comment une politique d’aménagement de ville nouvelle peut d’appliquer sans la ville ? La ville est représentée par son territoire, ses habitants, ses élus, ses frontières, ses associations, enfin tout ce qui attrait à la citadinité. Il apparaît donc que le principe de droit à la ville d’applique dans ce cas, selon Henri Lefebvre, il légitime la participation de toute personne citadine à l’aménagement de son territoire, car il est celui qui le pratique.

Ramata Deme, Chercheuse Urbanisme et Aménagement