L’Égypte a annoncé, dimanche, un premier décès lié à l’épidémie du nouveau coronavirus. Le premier sur le continent africain, plus que jamais sur le qui-vive.

Par Le Point Afrique | Le Point.fr – ©AFP

L’Égypte a annoncé, dimanche 8 mars, le premier décès en Afrique lié au nouveau coronavirus dans le sud-est du pays. Dans le même temps, un bateau de croisière sur lequel 45 cas avaient été détectés a été évacué à Louxor dans le Sud. L’homme décédé est un ressortissant allemand âgé de 60 ans. Il avait été admis à l’hôpital public de Hurghada le 6 mars et testé positif au nouveau coronavirus le lendemain. Il est mort dimanche, a indiqué Khaled Megahed, porte-parole du ministère de la Santé, dans un communiqué. Arrivé d’Allemagne il y a une semaine, le touriste « avait refusé d’être placé dans une unité d’isolement », avant que son état ne se détériore samedi avec « une pneumonie aiguë », a souligné le ministère.

Un ressortissant allemand âgé de 60 ans

Son cas ne faisait pas partie des 48 enregistrés au total en Égypte, parmi lesquels figurent 45 personnes contaminées sur un bateau de croisière, dont les passagers et membres de l’équipage ont été débarqués dimanche à Louxor, selon un correspondant de l’AFP. Samedi, la ministre égyptienne de la Santé, Hala Zayed, avait annoncé que 33 touristes avaient été contaminés par le virus, ainsi que 12 membres d’équipage, à bord du bateau A-Sara. Ces 45 cas à Louxor sont « asymptomatiques », a-t-elle toutefois précisé dimanche à Louxor, où le bateau a été mis à quai. Parmi les membres d’équipage, 11 se sont révélés négatifs samedi après de nouveaux tests. Ils ont néanmoins été placés en quarantaine dans un hôpital ainsi que les 34 autres cas, toujours positifs, selon la ministre Zayed.

Le Premier ministre égyptien, Moustafa Madbouly, avait indiqué samedi que des tests avaient été conduits sur la totalité des 171 passagers, dont 101 touristes étrangers et 70 membres d’équipage égyptiens. Il n’avait pas précisé les nationalités représentées. « Tous les étrangers dont les tests se sont avérés négatifs peuvent quitter le territoire dans les 24 heures qui suivent leurs résultats », a encore assuré la ministre.

Le tourisme sous haute surveillance

Si l’Égypte joue la prudence, c’est parce que les enjeux sont énormes pour le pays, notamment pour son tourisme. Le ministre du Tourisme et des Antiquités, Khaled el-Enany, qui accompagnait Hala Zayed, s’est voulu rassurant. « Vous avez vu les chiffres par vous-mêmes, les cars, les files d’attente : la situation du tourisme est très stable à Louxor », a affirmé le ministre. Les personnes en provenance de pays où des cas positifs ont été relevés ont été testées à leur arrivée en Égypte, a rassuré cette fois la ministre de la Santé. En plus des personnes infectées sur le bateau, les autorités égyptiennes avaient aussi annoncé ces dernières semaines la découverte de trois infections au nouveau coronavirus, la première concernant un citoyen chinois « guéri », selon Mme Zayed, la deuxième concernant un ingénieur pétrolier canadien, et la troisième étant un Égyptien rentré de Serbie via la France.

De nombreuses rumeurs circulent au sujet de l’apparition de nouveaux cas non déclarés de Covid-19 en Égypte, dont Le Caire se défend. Fin février, plusieurs pays, dont la France et le Canada, ont notamment annoncé des contaminations parmi des personnes qui avaient séjourné en Égypte. Et dimanche, le ministre israélien de l’Intérieur, Aryeh Deri, a annoncé l’interdiction d’entrée en Israël de toute personne ayant séjourné en Égypte au cours des deux dernières semaines, à l’exception des citoyens israéliens et des résidents. Les personnes concernées « seront interdites d’entrée en Israël par voie aérienne, maritime ou terrestre ».

Afrique du Sud, Cameroun : même combat

De leur côté, d’autres pays africains comme l’Afrique du Sud ou le Cameroun sont également sur le pied de guerre. Le ministère sud-africain de la Santé a annoncé samedi avoir identifié un deuxième cas du nouveau coronavirus, une femme ayant séjourné en Italie au sein d’un groupe de dix personnes comprenant le premier cas confirmé en Afrique du Sud. La femme, âgée de 39 ans, est originaire de la province de Gauteng (région de Johannesburg et de Pretoria). Elle faisait partie du même groupe que l’homme de 38 ans du KwaZulu-Natal (Nord-Est), premier cas confirmé dans ce pays, rentré d’Italie le 1er mars. « Le deuxième patient qui a été testé positif au CoV-19 va être immédiatement admis dans un établissement de santé publique à Gauteng que le gouvernement a identifié comme étant l’un des hôpitaux prêts à accueillir des patients testés positifs au Covid-19 », a déclaré le ministère de la Santé dans un communiqué. Plus de quarante cas ont été recensés sur le continent (Cameroun, Nigeria, Sénégal, Afrique du Sud, Togo, Égypte, Maroc, Algérie et Tunisie).

L’Afrique du Sud se prépare par ailleurs à rapatrier dans les prochains jours quelque 180 de ses ressortissants de la ville chinoise de Wuhan, l’épicentre de l’épidémie de coronavirus. Le président Cyril Ramaphosa a appelé les Sud-Africains à ne pas céder à la panique tout en mettant en garde contre les conséquences potentielles de l’épidémie sur l’économie du pays.

Pour le Cameroun, qui compte plus de 27 millions d’habitants, la situation est à peu près identique. C’est le premier pays d’Afrique centrale à annoncer des cas du nouveau coronavirus. Le premier porteur du virus est « un citoyen français, âgé de 58 ans, arrivé à Yaoundé le 24 février », précisait-il, quelques heures avant la publication d’un second communiqué annonçant un « deuxième cas », « une citoyenne camerounaise qui a été en contact étroit avec le premier sujet confirmé ». « Des équipes sont sur le terrain pour retracer le parcours des deux cas confirmés », a indiqué le ministre camerounais, précisant qu’à ce jour 149 contacts du premier cas et 30 contacts du deuxième cas ont été localisés.

Au Gabon, tout comme au Congo tout proche, la prudence est de mise. Le gouvernement gabonais, à l’issue d’un conseil présidentiel ayant regroupé samedi les ministres autour du chef de l’État Ali Bongo Ondimba, a recommandé le report de tous les événements internationaux prévus sur son territoire, dans le cadre d’une batterie de mesures prises pour lutter efficacement contre le coronavirus. Les ministres gabonais et les diplomates ont l’interdiction de voyager dans cette période. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, les mêmes dispositions ont été adoptées : pouvoir et opposition ont annoncé différer leurs activités politiques.

À l’échelle mondiale, plus de 100 000 cas connus ou avérés de nouveau coronavirus ont été enregistrés depuis le début de l’épidémie, dont plus de 3 450 décès, dans 92 pays et territoires, selon un décompte de l’AFP.