Auteur de plusieurs films, le réalisateur français d’origine mauritanienne était célèbre dans le monde du doublage et auprès du grand public comme la voix française d’acteurs afro-américains. © DR

Réalisateur, acteur, scénariste, et producteur, connu pour avoir doublé en français les plus grands acteurs afro-américains, Mohammed Hondo était surtout un homme cultivé, prolifique et engagé.

 
Par Le Point Afrique | Le Point Afrique

Med Hondo, de son vrai nom Mohammed Abid Hondo, n’était pas seulement la voix française de l’acteur américain Eddie Murphy, il était aussi et surtout un réalisateur engagé. « Sur les écrans, au théâtre, l’Afrique, moi, les bicots-nègres, les basanés, un continent était absent des images du monde. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais absent de cette histoire. Il fallait que je remplisse ce vide », déclarait-il au tout début de sa carrière. Il est décédé ce samedi 2 mars à Paris, à l’âge de 82 ans a annoncé sa famille à l’Agence France-Presse.

Med Hondo, cinéaste africain engagé

Né le 4 mai 1936, à Attar, en Mauritanie, Mohammed Hondo est issu d’une grande famille nomade, qui vécut tour à tour au Mali, en Algérie ou encore au Sénégal. Mais c’est à l’École hôtelière internationale de Rabat, au Maroc, qu’il apprit son premier métier de cuisinier avant d’arriver en France à la fin des années 1950. Med Hondo y a alors exercé de nombreux métiers (docker, cuisinier) avant de se lancer dans le théâtre avec deux compagnies qu’il créa puis au cinéma avec, comme credo, l’anticolonialisme et le goût de la rébellion. « Je ne suis pas ici par hasard. Mon oncle est mort pour libérer la France et moi, travaillant ici, je suis chez moi au même titre que les Français qui travaillent en Mauritanie sont chez eux là-bas », proclamait-il.

Son premier film Soleil Ô, sorti en 1969, est « une attaque cinglante contre le colonialisme », selon le Festival de Cannes qui l’a présenté il y a deux ans, en 2017, dans sa section réservée aux reprises de classiques. Le film a bénéficié d’un programme de restauration via la World Film Foundation de Martin Scorsese, afin de défendre le cinéma africain. Son décès survient alors que vient tout juste de se terminer le Festival panafricain      du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), qui l’avait récompensé en      1987. De ces succès retentissant en Afrique, il percevait ceci : « Ce qui crée leur impact  ? C’est cette soif d’être, cette soif d’eux-mêmes et de leur culture, qu’ont les Africains. Ils ont besoin de se voir, d’écouter leurs langues, de voir des films qui les concernent. »

Mais le réalisateur jetait un regard très critique sur le cinéma africain et sur l’ensemble de la profession : « Je suis furieux contre nous  ? À quoi cela a-t-il servi de crier si fort si notre colère était si faible  ? Ne rien écrire, ne rien proposer, alors que nous vivons en France, alors que les cinéastes français soutiennent les sans-papiers et s’agitent contre l’OMC (organisation mondiale du commerce) », s’emportait-il dans les années 1990.

Parmi ses succès, viendront ensuite Les Bicots-nègres, vos voisins (1973), West Indies ou les nègres marrons de la liberté (1979), une comédie musicale sur le traite des esclaves, et Sarraounia, évocation de la reine du même nom, qui sera récompensé au Fespaco.

« Quand on double, il faut regarder l’acteur dans les yeux »

Reconnu dans le monde entier auprès du grand public comme la voix française d’acteurs afro-américains, il a doublé Mohammed Ali dans Les Chemins de la liberté, il double les rôles principaux dans la série western Les Bannis, dans les films Roots (Racines), Gandhi (Ben Kingsley), puis encore les personnages de Sidney Poitiers, Danny Glover, Morgan Freeman et Eddie Murphy, entre autres. Med Hondo aura aussi marqué le cinéma d’animation. Parmi ses rôles marquants figurent la voix de Rafiki, dans le classique de Disney Le Roi lion, et l’âne de Shrek dans la saga à succès. « Quand on double il faut regarder l’acteur dans les yeux », disait-il de sa voix douce      masquant un physique à la Orson Welles. Il estimait que le doublage « est un métier      d’acteur ». Son dernier film Fatima, l’Algérienne de Dakar remonte au début des années 2000. Il travaillait depuis des années à un projet de film sur Toussaint Louverture, grande figure de la révolution haïtienne. Mais ce projet était encore à un stade très préliminaire. Med Hondo devrait être enterré au Maroc, a indiqué sa sœur Zahra à l’AFP.