SONDAGE. Auprès de l’Africa Youth Survey, de jeunes Africains représentatifs ont fait montre d’un optimisme réaliste, mais aussi de responsabilité.

Par Marlène Panara | Le Point.fr – © DR

À l’aube du nouveau millénaire, en 2000, le président sud-africain Thabo Mbeki proclamait le XXIe siècle « siècle de l’Afrique ». La croissance et le fort développement observés dans plusieurs pays, mais aussi la montée en puissance du terrorisme et l’explosion d’épidémies placent aujourd’hui le continent à un carrefour. Annoncé radieux pour certains, bien sombre pour d’autres, son avenir questionne tout autant qu’il divise. Mais qu’en pensent les principaux concernés ? Que dit sa jeunesse, sur un territoire où l’âge médian, d’après l’ONU, ne dépasse pas 20 ans ?

Le résultat de l’étude de l’Africa Youth Survey

Le rapport « Africa Youth Survey 2020 », publié fin février, donne quelques réponses. PSB Research, avec le soutien de la Fondation de la famille Ichikowitz basée en Afrique du Sud, a compilé les témoignages et avis de 4 200 Africains âgés de 18 à 24 ans, issus de quatorze pays différents. Près de la moitié d’entre eux sont des étudiants et vivent aussi bien en ville qu’en zones rurales. Principal enseignement du rapport ? Les jeunes Africains sont optimistes quant à leur avenir sur le continent. Ainsi, même si seulement 37 % déclarent être actuellement satisfaits de leur niveau de vie, 82 % pensent qu’il s’améliorera au cours des deux prochaines années. Les Rwandais en particulier en sont les plus certains, à 92 %. Cet optimisme pour l’Afrique surplombe même, pour les Maliens, les Kényans, les Togolais et les Gabonais, celui qu’ils ont pour leur propre pays. Les jeunes du Malawi, d’Afrique du Sud et du Kenya sont, en revanche, les moins confiants du sondage.

L’identité panafricaine mise en avant

Une question, en revanche, fait l’unanimité chez tous les répondants : celle de l’identité panafricaine. Plus de 75 % des répondants – et près d’un Ghanéen sur dix – pensent que les jeunes Africains partagent une identité commune et que celle-ci doit être mise en avant. « Le monde et la perception des Africains ont changé. Les choses ne sont plus comme dans les années 1990, a estimé l’athlète ghanéen Akwasi Frimpong, lors de la présentation du sondage à l’Atlantic Council à Washington. Les technologies et Internet ont permis aux Africains de montrer leur talent, leurs compétences, et ont fait aimer l’Afrique aux gens du monde entier, à travers la musique, les arts, la mode. Au XXIe siècle, être africain est devenu cool. »

Malgré un fort attachement au continent, l’identité nationale reste forte. Pour un peu plus de 50 % des Africains interrogés, leur identité est définie par leur pays de naissance. Seulement 17 % se disent africain, avant d’être kényan, congolais ou éthiopien. La langue est aussi un pilier central de l’identité pour 60 % des sondés. Les Rwandais, les Togolais et les Sénégalais sont les nationalités les plus attachées à leur langue maternelle.

La conscience des obstacles

Utile pour en savoir plus sur les attentes des Africains, le sondage pourrait aussi susciter l’intérêt des investisseurs. Et les convaincre de parier sur une jeunesse africaine avide d’entreprendre. Près de 76 % des sondés affirment en effet vouloir créer leur propre entreprise dans les cinq ans à venir. Les jeunes du Malawi, du Sénégal et du Togo sont les plus pressés. Le secteur du commerce de détail a les préférences de la majorité, suivi de celui des technologies et de l’agriculture. Le domaine du social remporte également du succès, les sondés étant particulièrement impliqués dans le développement de leur propre communauté.

Mais les obstacles à l’entrepreneuriat ne manquent pas, et les jeunes Africains en sont bien conscients. Pour 53 % d’entre eux, le manque d’accès au capital est le plus gros obstacle à la création d’entreprises. Un réalisme que les sondés ont aussi vis-à-vis du monde du travail sur le continent. Le chômage arrive en effet en pole position des préoccupations des jeunes, suivi de la corruption. Plus de 25 % des interrogés pensent d’ailleurs que la lutte contre la corruption est la priorité numéro un si l’Afrique veut progresser ces cinq prochaines années. À cela s’ajoutent l’instabilité politique, l’augmentation du coût de la vie et une économie incertaine, également source d’inquiétudes pour les jeunes sondés.

Pour Nick Westcott, directeur de la Royal African Society basée à Londres, ces données sonnent comme un « avertissement pour les gouvernements africains, appelés à fournir aux jeunes les emplois qu’ils méritent, explique-t-il dans le journal rwandais The New Times. Les jeunes ne leur demandent pas de créer plus d’industries ou de capter davantage d’investissements étrangers. Ce qu’ils veulent, c’est de l’aide pour créer leur entreprise, et notamment dans le secteur informel, afin de devenir des hommes et femmes d’affaires à part entière. »