Le rapport de la Banque mondiale pointe également le poids de l’emploi informel qui représente dans certains pays plus de 90 % de l’emploi total et l’économie parallèle qui produit jusqu’à 62 % du PIB.  © AFP / Pius Utomi Ekpei

INFOGRAPHIES. Guerre commerciale, endettement croissant et persistance de la pauvreté sont autant d’hypothèques pour les économies africaines pour lesquelles la Banque mondiale entrevoit « des cieux qui s’assombrissent ».

Le spectre des années 80 et 90 planerait-il sur l’Afrique ? Alors que ces deux décennies ont été synonymes de crise de la dette et de plans d’ajustement structurel par le FMI et la Banque mondiale, les risques de voir un retournement de situation après les années de croissance à deux chiffres se produire sont réels, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale intitulé «  Les cieux s’assombrissent » et publié ce 8 janvier. Ces prévisions sont publiées au lendemain de la démission-surprise du président de l’Institution, l’Américain Jim Yong Kim.

Les tensions commerciales pèsent sur l’économie mondiale 

Bien que le redressement de l’économie subsaharienne se poursuive avec une croissance dans la région estimée à 2,7 % en 2018, contre 2,6 % en 2017, cette progression est inférieure aux prévisions. Les causes sont déjà connues. Ce rythme lent est en partie dû aux faiblesses observées dans les principales économies que sont le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Angola. Mais, surtout, la région a été confrontée à un environnement extérieur plus difficile durant l’année qui vient de s’achever, « caractérisé par le ralentissement du commerce mondial, le resserrement des conditions de financement et le raffermissement du dollar américain ».

Le niveau de la dette, nouvelle source de préoccupation 

Dans un chapitre spécial, l a Banque mondiale, qui publie ses Perspectives pour l’économie mondiale deux fois par an, en janvier et juin,  s’alarme au sujet d’autres dangers qui menacent l’expansion économique de la planète. Le rapport de la Banque mondiale montre que les emprunts contractés par les pays les plus pauvres sont de plus en plus importants, dont une grande partie en devises. Ils sont aussi octroyés plus souvent par des prêteurs privés qui, contrairement à la Banque mondiale, ne proposent pas de conditions de faveur. « Ces dernières années, de nombreux pays à faible revenu ont eu accès à de nouvelles sources de financement, y compris des sources privées et des prêteurs extérieurs au Club de Paris qui rassemble les principaux pays créanciers. » Une démarche qui a permis aux pays emprunteurs de financer d’importants besoins de développement, « mais elle a aussi contribué à l’augmentation de leur dette publique », s’inquiète la Banque mondiale.

De plus, avec la hausse des taux d’intérêt de la banque centrale américaine et d’autres institutions, les coûts de ces emprunts augmentent. L’endettement total dans le monde a atteint un record de 184 000 milliards de dollars en 2017, selon le Fonds monétaire international (FMI). La Banque mondiale a déclaré que les pays à faible revenu avaient vu leur dette publique dépasser 50 % du PIB, contre 30 % en 2013.

Mozambique, Zimbabwe, Sierra Leone, Gambie et Bénin sont les pays qui affichent la plus forte hausse de la dette publique.

Données par zones

Du côté des pays pétroliers, la Banque mondiale se montre assez prudente. La croissance au Nigeria a augmenté à 1,9 %, mais la production pétrolière a chuté en milieu d’année et « l’activité non pétrolière a été plombée par l’atonie de la demande de biens de consommation et les différends qui ont perturbé la campagne agricole ». En Angola, deuxième plus gros exportateur de pétrole de la région, l’économie s’est contractée de 1,8 %, du fait de la diminution de la production pétrolière.

Sortie d’une récession technique au second semestre 2018, l’économie sud-africaine a progressé de 0,9 %, grâce en partie à l’amélioration de la situation dans le secteur agricole et dans l’industrie manufacturière. Cependant, elle continue d’afficher une croissance tenue, les difficultés de l’industrie extractive et l’atonie du secteur de la construction ayant été accentuées par l’incertitude des politiques et le manque de confiance des entreprises.

Après deux années de récession, « les économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont tiré profit de l’augmentation de la production pétrolière et de la bonne tenue des prix du pétrole durant la grande majorité de l’année 2018. Soutenue par la production agricole, les services, la consommation des ménages et l’investissement public, l’activité économique dans les pays pauvres en ressources naturelles a été robuste », selon les analystes de l’institution.

Pour l’Afrique de l’Ouest, il faut retenir que plusieurs pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine – notamment le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Sénégal – ont enregistré un taux de croissance de 6 % ou plus. Mais, avertit la Banque, « partout dans la région, il est devenu plus difficile de financer la balance des paiements dans un contexte marqué par le renchérissement des coûts des emprunts extérieurs et l’affaiblissement des flux de capitaux ».

En définitive, selon les perspectives de la Banque mondiale, la croissance dans la région devrait se renforcer à 3,4 % en 2019, à la faveur de la diminution des incertitudes autour des politiques publiques et de l’accroissement des investissements dans les grandes économies, ainsi que de la poursuite d’une croissance robuste dans les pays pauvres en ressources naturelles. C’est l’enjeu principal alors qu’une autre préoccupation réside dans la faible progression du PIB par habitant en Afrique subsaharienne, qui sera inférieure à 1 % au cours des trois prochaines années. La proportion de pauvres dans le monde résidant en Afrique subsaharienne pourrait atteindre 87 % d’ici à 2030 si la croissance ne s’accélérait pas, a averti le rapport.