RÉSILIENCE. Événement majeur autour de la mode au Sénégal, la Dakar Fashion Week a contourné les désagréments du Covid-19 avec son défilé au grand air, en pleine savane.

Par Clémence Cluzel, à Dakar

Rendez-vous attendu par les passionnés de mode, la Dakar Fashion Week a réussi à se tenir cette année malgré la pandémie mondiale. La créatrice de mode et organisatrice de l’événement, Adama Ndiaye, a su composer avec la situation sanitaire en demandant aux designers de proposer des collections « écoresponsables ». La part belle a ainsi été faite aux matières du continent et la Dakar Fashion Week a rebondi en proposant un défilé magique et inédit au milieu des baobabs.

Un contexte compliqué

Se situant parmi les événements de la mode qui comptent sur le continent africain, la Dakar Fashion Week a su s’imposer au fil des ans au-delà des frontières. Sa 18e édition aura été particulièrement difficile à mettre en place dans le contexte de pandémie de coronavirus qui a impacté de nombreux secteurs artistiques, culturels et économiques. D’abord reporté, ce rendez-vous culturel s’est finalement tenu les 12 et 13 décembre 2020 à Dakar. Il faut dire que pour son organisatrice, la créatrice sénégalaise de mode Adama Ndiaye, à l’origine de la marque Adama Paris, « il était inenvisageable de ne pas faire cette édition. Cette année a été dure pour tout le monde, et pour les créateurs notamment. Il n’y a pas eu de vente et les boutiques ayant été fermées, il était important de maintenir la Dakar Fashion Week ». Malgré les contraintes, elle a pu compter sur le soutien des créateurs de mode pour offrir cette année encore un coup de projecteur sur les talents africains, restant fidèle à son leitmotiv de promouvoir les stylistes et les richesses artisanales du continent.

À l’inverse des années passées où la Dakar Fashion Week courait sur plus ou moins une semaine, cette édition 2020 aura été fortement réduite, car limitée à deux journées. Jusqu’au dernier moment, le programme aura été allégé : le brunch-défilé des jeunes créateurs originellement s’est ainsi retrouvé annulé à la dernière minute, les récents arrêtés ministériels interdisant les rassemblements face au regain de personnes affectées par le Covid-19 dans le pays.

Un défilé au milieu des baobabs

Pour limiter les risques et respecter au mieux les consignes sanitaires, la créatrice de la marque Adama Paris a proposé pour la première fois d’exporter le grand défilé à l’extérieur de Dakar : une formule inédite. Le parterre d’invités masqués et triés sur le volet a pu assister à un show dans un décor de rêve, à Nguékhokh, à 60 km environ de Dakar. Une dizaine de designers africains, majoritairement sénégalais ou résidants au Sénégal, ont pu présenter leurs créations lors d’un défilé au milieu d’une forêt de baobabs. Un podium inédit, à même la terre battue, et à l’ombre de ces géants majestueux pour mieux sublimer des créations tantôt riches en couleurs, tantôt monochromes.

L’accent sur la mode écoresponsable

Placée sous le thème de la mode écoresponsable, les designers ont présenté des collections dans l’esprit de la « slow-fashion », avec l’idée d’une mode plus responsable qui se préoccupe de la durabilité, joue sur le recyclage et met en avant les richesses du continent en privilégiant les matières disponibles et les savoir-faire locaux, comme la broderie ou encore le tissage « pour une mode qui nous ressemble et nous rassemble ». Vécu comme un challenge pour certains, le Covid a poussé les designers à se réinventer pour proposer une mode africaine de qualité et luxueuse qui prendrait aussi en compte les problématiques de durabilité. « Les créateurs africains ont déjà l’habitude d’une mode restreinte par rapport à l’Occident, car ici on produit en petite quantité », rappelle la styliste d’Adama Paris.

Pour contourner le Covid, les nouvelles technologies

Mesures pour lutter contre la propagation du Covid obligent, 150 invités au lieu des 1 000 habituels ont pu assister au défilé de samedi. Pour pallier ce manque d’assistance, la créatrice a innové en utilisant le système du « pay per view », un paiement à la séquence. Après l’achat d’un pass payant, l’internaute pouvait assister depuis son salon au défilé et se retrouver transporté parmi les baobabs de Nguékhokh. Un moyen de rendre le défilé plus visible, mais aussi de ne pas limiter l’événement au Sénégal en le rendant visible aux internautes du monde entier.

Pour clôturer ces deux jours de la Dakar Fashion Week, un talk a souligné l’importance du digital et des outils technologiques, encore plus dans cette période complexe. « Le Covid nous incite à nous intéresser à de nouveaux modèles, à rebondir. Avec cette pandémie, nous avons repensé les technologies et leur usage pour voir comment les mettre à notre service », souligne Ibrahima Faye, fondateur de Beuz Pro, société spécialisée dans les nouvelles technologies médias qui s’est occupée de la diffusion du défilé. Une réflexion centrale pour le futur.